Je dédicace ce travail
à
mes chers enfants
et je le dédie
à la mémoire de
mes chers parents.
© Cercle ISIS
25, Avenue Telecom
Kinshasa Ngaliema
Tous droits réservés.
TABLE DES MATIERES
B.1 La représentation des syllabes 48
B.1.1 Les syllabes simples à ton haut 48
B.1.2 Les syllabes simples à ton bas. 49
B.1.3 Les syllabes «nasales». 49
B.1.4 Les syllabes nasales. 50
B.1.5 Les syllabes longues. 51
B.3 L’écriture d’une proposition. 65
Préface
L’œuvre de Mukendi Kalhàlà procède d’une longue recherche menée pendant plusieurs décennies, dans un effort solitaire.
Elle est une loupe posée sur la lubaphonie.
Elle révèle le structuralisme intégral du ciluba, reflet du structuralisme du réel dont la langue se veut une représenta-tion symbolique.
Elle met en lumière le fait que la superstructure du ciluba est régie par la loi d’Orion, par la loi d’Isis, par la loi d’étoile, par la loi de doubles et par la loi triadique ou de Ceinture d’Orion.
L’œuvre en expose la philosophie analytique, l’anthropologie et l’arithmologie. Elle en relate l’histoire. Elle en démontre la force d’évocation littéraire.
La loi d’étoile est celle qui, dans toute entité, dessine une série de 5 pôles : 5 préfixes vocaliques, 5 particules de classe du pluriel, 5 consonnes mutant devant la voyelle « i », 5 époques de temps de conjugaison, comme les 5 doigts d’une main, comme les 5 orteils d’un pied, comme les 5 organes de sens, comme les 5 branches d’une étoile,…
La loi triadique c’est celle qui gouverne des triades, des ambivalences, des triangles mimétiques, des structures ternaires telles le « lubànzà » d’un bigame figurant les 3 pyramides de Gizeh et les 3 étoiles de la Ceinture d’Orion.
La loi de doubles est celle qui distancie un ton haut d’un ton bas, dans un préfixe verbal consonantique, qui distingue le statique du dynamique ; c’est celle qui différencie la particule de classe « lu » de la particule de classe « di », associées, l’une et l’autre, à un même radical substantif ; c’est également la loi qui emprisonne le temps dans une syllabe longue et qui exprime une fulgurance par une voyelle brève ; c’est la loi qui gouverne des structures binaires ; c’est la loi qui, dans un préfixe verbal consonantique, oppose la voyelle « a inertiel » à la voyelle « a de mouvement uniforme », la voyelle « e » à la voyelle « i », la voyelle « o » à la voyelle « u » ; c’est aussi la loi qui dessine des couples de consonnes parmi des suffixes légers ainsi que parmi des préfixes consonantiques, à l’instar du couple que forment l’étoile Soleil et l’étoile Sirius, …
La loi d’Orion est celle qui détermine 9 particules de classe du singulier, 9 couples de préfixes consonantiques, 9 couples de suffixes légers, 9 modes de conjugaison, 9 « mènà » dans le « cìata », la démocratie, 9 orifices du corps humain, 9 relations familiales, comme les 9 étoiles de la constellation d’Orion, …
La loi d’Isis est celle qui somme, à 14, le nombre de particules de classe du singulier et du pluriel et, à 14, le nombre de modes de conjugaison et de périodes de conjugaison, comme les 14 morceaux du corps d’Osiris rassemblés et recollés par Isis, comme les 14 morceaux d’une momie égyptienne.
La loi d’Orion fournit le spectrogramme du monde dans lequel nous vivons ; la loi d’étoile est la spectroscopie d’un objet tandis que la loi de doubles est celle de l’expression de l’incomplétude de tout objet et la loi d’Isis celle de renaissance et d’association.
Le ciluba est ainsi l’un des lieux d’application expéri-mentale de la loi connue de l’Egypte antique : « ici-bas comme là-haut », « sur la terre comme au ciel ».
L’appréhension du code du ciluba est la clé de décryptage de tout mot du ciluba, dans ses emplois métaphoriques ou géométriques et, inversement, elle permet de nommer toute réalité, par analogie ou par description directe.
Les divers thèmes se trouvent traités selon le plan ci-après :
Le structuralisme :
– « l’intelligence du ciluba : la sémantique » ;
- « l’intelligence du ciluba : la syntaxe » ;
- « l’intelligence du ciluba : la sémiologie » ;
- « l’orthographe phonologique du ciluba ».
La philosophie analytique : « la face cachée du ciluba ».
L’histoire : « kalùllù kà bukalenge bwà cìata ».
La force d’évocation littéraire : « mbàandì mielangana ».
L’œuvre constitue la révélation d’une voie de renaissance pour les lubaphones. Ils sont ainsi appelés à revoir leur rêve à la hausse. Toutefois, une hirondelle ne faisant pas le printemps, la renaissance des lubaphones ne peut être que leur œuvre collective, bénéficiaire de la contribution des critiques, de la pédagogie des enseignants et du soutien des hommes de culture et d’action, au profit de la jeunesse qui en vivra, avec bonheur : réhabilitée et créatrice, selon sa vocation authentique.
Le Cercle ISIS d’Iinshasa
INTRODUCTION
L’orthographe phonologique n’a pas été l’objet premier de ma recherche linguistique sur le ciluba.
Tout au long de celle-ci, elle a été un outil de travail, que j’ai eu à modifier au fur et à mesure que je rencontrais des problèmes. Elle se présente donc, ici, en sous-produit d’une quête qui a abouti à des résultats probants. Elle est un outil à efficacité éprouvée.
Elle est la clé qui a servi à la résolution des problèmes rencontrés dans l’analyse sémantique ainsi que dans l’analyse syntaxique.
L’analyse sémantique révèle que le « mfunkùnùjì » du ciluba est régi par 5 règles :
- chaque syllabe a une signification qui change quand elle change de position dans un mot : selon qu’elle est préfixale ou suffixale ; les voyelles sont au nombre de 5 ; elles sont toutes ouvertes ; la voyelle « i » est sifflée devant toutes les consonnes, sauf devant les consonnes « c », « d », « j », « ny » et « sh » où elle est mouillée ; la voyelle « i » mouillée provoque la mutation de « t » en « c », de « l » en « d », de « n » en « ny », de « s » en « sh » et de « z » en « j » tandis que la voyelle « i » sifflée leur garde le son pur dans les formes fréquentatives de l’infinitif et du participe ; la voyelle « a » ne se prononce pas lorsqu’elle est suivie d’une autre voyelle : c’est cette dernière qui se prononce avec une longueur double ; les consonnes « h » et « p », substituables lorsqu’elles ne sont pas précédées de cheville, ne le sont plus, le cas échéant : la consonne « h », aspirée, n’accepte pas de cheville, tandis que, devant une cheville, la consonne « p » sifflée », mute, en consonne « p » explosive ;
- les suffixes renvoient, les uns, à des parties de l’espace ou à des objets, les autres, à des parties d’objet ou à des postures d’objets ;
- les préfixes symbolisent des techniques et donc la consistance des matières sur lesquelles portent les techniques qu’ils énoncent ; une syllabe préfixale colle à la réalité : elle est brève pour une réalité fugace, longue pour une réalité durative ; elle a un ton haut pour une réalité dynamique et un ton bas pour une réalité statique, selon la perception de l’homme ;
- une particule de classe s’associe avec un radical substantif pour déterminer la catégorie à laquelle appartient l’objet désigné : une personne humaine, un partitif sec, un partitif liquide, un pendant dans un couple, un élément d’un ensemble homogène, son échelle à l’aune de l’homme (infiniment petit ou grand), un ensemble flou, etc.
- une composition de verbes donne lieu à un autre verbe qui ne peut pas avoir plus de quatre syllabes.
La cinquième règle, qui fait qu’un substantif assorti de sa particule de classe ne dépasse pas cinq syllabes, marque la limite de la sémantique. Celle-ci ne peut pas, en un seul mot, exprimer un jugement. Il est vrai que dans une proposition écrite en un seul mot, il est bien difficile de donner, à chaque syllabe, la signification due à sa position.
Les premières tentatives de faire reculer les frontières de la sémantique sont la création des propositions infinitives et substantives, à même d’indiquer la durée mais incapables d’en mentionner le temps.
Exemples :
Yèeye cu shiàla, tùetu cu ya.
Dikàsà bubì, kabidi bulenge !
La syntaxe, « mfùnsùlùjì », prend alors le relais de la sémantique pour déterminer le langage d’expression d’un jugement : une phrase.
La syntaxe édicte alors 5 règles :
- une phrase se compose de fonctions grammaticales écrites en mots isolés ; l’euphonie, qui jette le voile sur la séparation des fonctions grammaticales, dans la langue parlée, est à neutraliser, dans l’écrit, celui-ci étant un message adressé aux yeux et non à l’oreille ;
- les fonctions grammaticales, autres que les verbes, les substantifs et les adverbes tirés de verbes, compor-tent une ou deux syllabes. Sont ainsi introduits des pronoms de représentation des personnes du discours. Par rapport à la sémantique, la syntaxe ajoute d’autres dimensions, à l’expression ; par la conjugaison des verbes, elle fait, d’une pierre, deux coups : elle exprime le temps et le mode de l’action ;
- une phrase constitue un ordre dans lequel les fonctions grammaticales qui s’accordent, en particule de classe, l’une à l’autre, forment un syntagme ; le cas d’inversion de l’ordre d’une phrase se rencontre à la seule troisième personne du singulier ou du pluriel ;
- tel un adjectif, une proposition relative d’explication ou de détermination d’un substantif s’insère dans la phrase, immédiatement à la suite dudit substantif;
- un long texte ne peut être écrit en une seule phrase ; des signes de ponctuation sont nécessaires pour la compréhension du jugement exprimé dans une phrase.
L’orthographe se satisfait de la maîtrise de la sémantique et de la syntaxe et considère, implicitement, qu’un long texte est un ensemble de phrases écrites à la queue leu leu.
Outre la prise en compte des lois ci-dessus, le cahier des charges de l’orthographe comporte la recherche d’une solution élégante au problème des effets d’euphonie et d’homophonie ainsi qu’aux problèmes de la conjugaison.
En conjugaison, la variation tonale joue un rôle moteur. Elle affecte les pronoms sujets et compléments, les auxiliaires et les verbes : d’une manière, ceux d’une proposition principale et, d’une autre manière, ceux d’une proposition relative, avec, parfois, inversion obligatoire de l’ordre entre actants et actions.
Une solution élégante est requise pour l’annotation des tons, notamment pour des tons ascendants-descendants et pour des tons descendants-ascendants.
La neutralisation de l’euphonie revient au postulat que tout substantif dérive d’un verbe et que le radical doit en demeurer reconnaissable, sous peine de contresens, notam-ment sous l’effet de la cheville de résonance « n » ou « m ».[1]
La stabilité d’un radical requiert que la forme de celui-ci soit préservée, dans une proposition, au contact avec des auxili-aires vocaliques, des particules de classe et des pronoms : toutes des entités qui ont droit à être repérées et reconnues, elles aussi. Outre la longueur qui marque la jointure entre elles et un radical à préfixe vocalique et qui s’impose à la lecture, s’impose également le respect de toute longueur sémantique entre un préfixe et un radical ou entre celui-ci et un suffixe, sous peine de contresens.
Dans ce même registre de facilitation de la lecture, une convention graphique se doit de différencier le « h » aspiré de « p » sifflé ainsi que d’annoter la mutation de « t » en « c ».
L’orthographe s’avère ainsi une solution qui ne peut être proposée qu’en connaissance préalable des problèmes de représentation qu’elle a à résoudre. La logique, qui s’impose, dans la mise au point de l’orthographe, consiste à s’attaquer, d’abord, à la résolution des problèmes de fond et à se tourner, ensuite, vers la forme dont est revêtue la solution. Seule la détermination à porter le fer à la racine des problèmes modifie les habitudes devenues des structures dont le ressort inhibe toute inspiration et bloque toute tentative de solution.
Il n’est donc pas permis de faire l’impasse sur tous les problèmes du ciluba écrit pour ramener la question de son orthographe aux seuls choix entre « ci » et « tshi », entre « p » et « h », entre « i » et « y » !
Rien ne serait plus superficiel !
Tous les grands problèmes demeureraient entiers, irrésolus.
Ma conviction est que l’orthographe comporte deux versants.
Il s’agit d’abord d’écrire un message. Celui-ci appelle une mise en scène qui reflète la vision que les locuteurs se font du jeu de communication, sous réserve de la manière dont la langue construit des éléments de sens, reflétant les signifiés.
A cet égard, s’impose, en ciluba, le respect de l’intégrité de chaque syllabe, élément porteur de sens, ainsi que le respect de l’intégrité des mots. Ce respect se traduit par celui de la position d’une syllabe dans un mot.
La stabilité de la configuration des mots, dans un texte, facili-te la reconnaissance de leurs images par l’œil. Elle accélère la vitesse de lecture. Dans cette représentation, l’adoption des « lettres muettes », « h » et « r », fournit des moyens pour venir à bout du phénomène d’homonymie. Un message écrit se doit d’être plus clair et plus précis que la parole. Il doit se donner des moyens à cet effet.[2] Autant la parole a tendance à réduire la gamme de ses sons et à admettre la multiplicité des homonymes[3], autant l’écrit a besoin de beaucoup de signes, pour son décryptage rapide.
La parole vise l’efficience et l’écrit, l’efficacité.
Au total, le respect de l’intégrité des mots est une bon-ne habitude qui mène au respect des droits de l’homme, car qui prend soin d’un œuf, prendra bien soin d’un bœuf.
Et toute occasion est à prendre à pleines mains pour l’appren-tissage de la vie sociale. Dans ce registre, la syntaxe est, sans conteste, la première conquête des technologies.
Le second versant de l’orthographe concerne la lecture, le décryptage du message ou la reproduction de la parole.
Cette dernière s’accomplit selon des lois qui lui sont propres telles que la non prononciation des lettres muettes, la liaison des voyelles, la mutation vocalique, etc. Il y a, donc, entre le « ciluba cikendàme » et le « ciluba de coloniaux », la même différence que celle qu’il y a entre une partition musicale et une sténographie.
Le « ciluba de coloniaux » préconise l’orthographe phonétique. Qu’est-ce qu’elle est ?
Il s’agit essentiellement de deux choses : d’une part, élaguer tout son de son ton et de sa longueur et, d’autre part, écrire, en un seul mot, toutes les syllabes prononcées d’une seule traite. L’orthographe phonétique est mécanique. Elle est une projection de la parole sous un angle réducteur. Elle repré-sente les sons et le souffle. Elle ne soucie pas de ce que dit le message ni de sa précision. Elle ne s’embarrasse pas de la mise en scène des acteurs, des actions et des compléments.
L’orthographe phonétique s’attaque au problème de l’alpha-bétisation ; malheureusement, elle cimente l’illettrisme.
Est absolu tout système réducteur[4] et fermé.
Il s’inscrit, en contradiction, avec l’ouverture de l’esprit du siècle qui, mettant l’accent sur l’incomplétude de toute logique, réconcilie science et théologie.
Il est un fait indéniable que l’écriture et la lecture sont deux moments différents d’un même message. Ils sont vécus par des locuteurs différents, la plupart du temps, à des moments décalés. L’auteur d’un message a besoin d’un code efficace pour le rendre bien clair tandis que le destinataire a besoin d’un décryptage efficient.
Quiconque examine, avec compétence, le cahier de charges d’une orthographe, quelle qu’elle soit, doit à la vérité de reconnaître qu’il y a toujours un effort de simplification à faire. Celui-ci est à consentir en faveur du lecteur, appelé à décrypter le message, plutôt qu’en faveur de l’auteur, qui encode un message, bien connu de lui.
L’effort de simplification consiste en une double fidélité. : la fidélité à l’étymologie et la restitution fidèle du message et de la parole.
N’en est pas une, la « simplification de l’orthographe », qui tient de l’élagage des propriétés de la langue et qui mène celle-ci vers l’appauvrissement et vers l’opacité. Elle est une entre-prise de réduction sinon d’occultation du génie des auteurs fondateurs du ciluba. Elle est contreproductive car la com-munication vise à éclairer et non à épater ni à handicaper.
La « simplification » prêchée par les « simples simplificateurs » est d’autant déplaisante qu’elle est un message disant : « occultez bien cette intelligence qui ne peut qu’éblouir ».
Je suis naturellement d’avis que l’orthographe, qui m’a aidé à voir clair à travers les méandres du ciluba, est tout à fait qualifiée.
Elle est phonologique. Elle peut parfaitement servir d’outil à tous ceux qui se préoccupent de la précision dans la commu-nication de leur pensée.
Elle représente la langue parlée et elle la restitue bien. Elle remplit le cahier de charges d’une bonne orthographe.
L’orthographe phonétique de coloniaux s’en tient à la seule face matérielle des sons du ciluba ; en est exclu tout rapport entre sons et leurs significations linguistiques. Elle gère la syntaxe, de manière scabreuse, et pas la sémantique. Le rapport entre elle et l’orthographe phonologique est tel celui entre la chimie nucléaire et la biologie ; il est tel celui entre la biologie et la médecine esthétique et sportive ; il est tel celui entre la science est la technologie.
L’orthographe phonologique, qui distingue les sons, jusqu’à la déclinaison d’un même mot dans une même phrase, permet d’écrire :
« ngènyi mile nè mitwè hìdi ngènyì hìdì hì fikisha muntwu kule ».
Alors que l’orthographe phonétique de coloniaux postule, pour sa lecture, un lecteur bourré de théorie de paradigmes de mots, la phonologique repose sur la seule reconnaissance du signe tel qu’écrit!
Face aux prémisses, le rejet de l’orthographe phonolo-gique, sous prétexte qu’elle requiert la maîtrise de l’annotation des tons et de la quantité vocalique équivaudrait à une prime à la surdité ambiante. Celle-ci fait que nous n’avons pas une précision satisfaisante dans l’écoute que nous avons de nous-mêmes.[5] Plus se simplifie la langue écrite, plus s’atrophie la langue parlée et plus grande devient notre surdité.
Est-il accidentel ou voulu, ce résultat ?
En définitive, la langue d’un peuple n’est-elle pas l’étiquetage, sonore et scriptural, des aspects répétitifs de son expérience accumulée, dans les domaines des perceptions sensorielles et de manipulation des concepts ? N’est-elle pas, pour un individu, le défi d’attribution des labels jusqu’aux aspects les plus uniques de ses expériences. N’est-elle pas, pour lui, un handicap en ce qu’elle est un héritage des mythes, que sont les labels, qui occupent son esprit, alors qu’ils renvoient à des expériences qu’il n’a pas vécues ou qu’il n’a pas la possibilité de vivre et que la langue parlée, souvent confond ?
A cet égard, par son structuralisme intégral, le ciluba ne détermine-t-il pas le cadre dans lequel s’inscrit l’expérience de l’ensemble de ses locuteurs et ne permet-il pas, en même temps, à l’individu, par la libre composition des mots, l’expression d’un point de vue spécifique, en toute chose et, par la libre interprétation des mots, sa libération de tout mythe reçu en héritage ?
Alors, sur la base de ces prémisses, la question se pose de savoir si l’orthographe phonétique n’est pas une contrainte imposée, aux locuteurs du ciluba, d’user plus l’ouïe que la vue, dans la perception du monde, avec tendance à une surdité croissante ? Dans ces conditions, le français et l’anglais, qui privilégient la vue, assurés de l’emporter de la sorte, boitent, chez nous, du fait que l’appui sur la langue maternelle devient un tendon d’Achille du système éducatif !
L’orthographe phonologique ne s’acquiert pas seule-ment par l’ouïe ; elle s’acquiert aussi par la vue dans ce sens que l’acquisition de la lecture précède celle de l’écriture.
S’il y a quelque allergie à l’orthographe phonologique du ciluba, elle n’est pas vécue comme une complaisance à la stagnation.[6] Elle l’est comme une allergie à la souffrance, fondée sur l’aspiration à la facilité. Alors s’avère nécessaire et salutaire l’effort de conviction et de compréhension que l’alphabétisation efficace est au nombre de quelques rares souffrances au bout desquelles il y a du bonheur.
« Kabwà kà lubilu kàshìle nyama panshì ».
« Cu dyà lükasa’lükasa n’cu pyà mukana ».
La meilleure façon de ne rien y comprendre consiste à se fonder sur la foi que le ciluba est de fréquentation quoti-dienne, que, par conséquent, il n’a pas de secret, et surtout, de s’accrocher à l’idée, tombée d’on ne sait où, qu’il a vocation à être simplifié et agglutiné dans son écriture, qui le confine, comme ses locuteurs, dans une garçonnière, alors que la lumière jaillit de son redéploiement.
Humilité !
La langue est plus grande que nous.
Ne la coinçons pas. Ne l’esquintons pas. Ne cessons pas, à son sujet, de prendre le temps de tout remettre en question.
Qui n’a jamais vu, à la télévision, des académiciens français plancher pour une dictée et s’en sortir avec des fautes d’orthographe ?
La leur, comme l’anglaise, est beaucoup plus complexe que celle que je préconise pour le ciluba. Autant la part d’arbi-traire est élevée, dans la leur, autant est mathématique, l’orthographe phonologique du ciluba.
Eux, ils sont humbles.
Ils savent que la langue écrite n’est la langue maternelle de personne. Ils n’ont pas la vanité qui mène à l’horreur d’une faute d’orthographe. Conquête quotidienne pour eux, l’ortho-graphe française n’est pas faite pour le peuple de France. Elle est réglée sur le français de ceux qui écrivent.
Dès lors, verser, dans le cahier des charges de l’ortho-graphe du ciluba, l’exigence « qu’elle doit être facile et à la portée de tous » n’est-ce pas instaurer la massification géné-rale ; n’est-ce pas tirer l’élite vers le bas et lui refuser le droit d’accomplir son devoir de tirer le peuple vers le haut ?
A ce sujet, les lubaphones illettrés d’aujourd’hui ne sont-ils pas ceux-là qui ont manqué hier le train de l’alphabétisation ? Les lubaphones incultes de demain ne sont-ils pas ceux-ci qui hésitent aujourd’hui à prendre le train de la nouvelle ortho-graphe ? N’est-ce pas l’esprit fétichiste que celui de croire que le développement serait au bout d’un claquement de doigts ?
La vérité ne peut être travestie.
Il est bien établi, depuis la création, que la sueur du front est, dans la condition humaine, la seule semence du développement. Ici-bas, rien ne s’acquiert sans effort : même pas une bonne orthographe.
Alors, combien de temps encore allons-nous essuyer le quoli-bet que quand on a une tête de « beurre » de sous-dévelop-pement, on a peur du four de développement ?
La première peur à vaincre, à chaque tournant de la vie, c’est celle de l’innovation, surtout quand celle-ci nous restitue nos bases, après un long dérapage. Quand on a du mal à la surmonter, mieux vaut la garder pour soi que d’en faire la peur de la communauté.
Le ciluba est tout sauf un enfant heureux de naître qui refuse-rait de grandir. Il a les mêmes droits que toutes les autres langues à une bonne orthographe. Il ne s’accommode pas du tout d’une sténographie imposée de l’étranger et maintenue par l’inertie intellectuelle ou l’étroitesse de vue.
La force de l’orthographe phonétique ne tient pas de sa pertinence face au cahier de charges. Elle la tient de ce qu’elle est une loi, qui a été imposée de l’extérieur et dont on attend la levée que d’ordre de l’extérieur. Elle tient de ce que les propositions spontanées, émanant de locuteurs natifs, sont assimilées, après un examen superficiel, à des manifestations d’une coutume que bannissent, par principe, les bons esprits mal acculturés. Le ridicule est qu’ils s’y emploient sans, pour autant, avoir les moyens d’en interdire l’imitation, en privé. [7]
Le paradoxe est que l’énoncé des règles de pratique du ciluba suscite une application plus raisonnée d’une coutume bien ancrée. Il fait, du raisonnement, le moteur de l’évolution de la coutume. Et, l’embrayage sur le raisonnement s’avère un pilote plus efficace, pour l’adaptation de la convention qu’est l’orthographe phonétique, que l’effet d’une loi qui tenterait de la cristalliser. Autrement, il y aurait là une falsification évidente de l’esprit et de la méthode du ciluba. Car, en posi-tion de celui qui a à recevoir quelque chose du monde, le ciluba ne lui tend pas une main après une autre ; il les lui tend toutes les deux, ouvertes et jointes.
Le ciluba n’a pas à effleurer les choses du bout de doigts ; il a à saisir toute opportunité à plaines mains ; il a à la prendre à pleins bras.
Le comble de l’orthographe phonétique s’étale, dans cette petite phrase écrite, pour la cause, en minuscules :
« Mwa ngala, nsolu a ngala, wakwela mwana a ngala, ngala mu ngala ».
Elle peut se lire de diverses manières.
Par exemple :
- Mwa Ngala, nsuòlo a Ngala, wù àku ela mùana a Ngala ngàla mu ngàla.
- Mwà Ngala, nsuòlo a Ngala, wù àku ela mùana a Ngala ngàla mu ngàla.
- Mwa Ngàlà, nsuòlo a Ngàlà, wù àku ela mùana a Ngàlà ngàlà mu ngàlà.
- Mwà Ngàlà, nsuòlo a Ngàlà, wù àku ela mùana a Ngàlà ngàlà mu ngàlà.
- Mwa Ngalà, nsuòlo a Ngalà, wù àku ela mùana a Ngalà ngàla mu ngàla.
- Mwà Ngalà, nsuòlo a Ngalà, wù àku ela mùana a Ngalà ngàla mu ngàla.
- Mwa Ngala, nsuòlo a Ngàlà, wù àku ela mùana a Ngala ngàla mu ngàla.
- Mwa Ngala, nsuòlo a Ngala, wù àku ela mùana a Ngàlà ngàla mu ngàla.
- Mwà Ngala, nsuòlo a Ngàla, wù àku ela mùana a Ngàlà ngàla mu ngàla.
- Mwà Ngàlà, nsuòlo a Ngala, wù àku ela mùana a Ngalà ngàla mu ngàla ; etc.
Qu’est-ce à dire sinon que la lecture d’un texte phoné-tique relève de la pratique de la devinette. Elle sert à rappeler ce que l’on sait. Elle aide peu à déchiffrer ce que l’on décou-vre. Le savent les amateurs de proverbes qui, parcourant un nouveau recueil, ont du mal à lire convenablement les prover-bes qu’ils ne connaissent pas dès qu’ils y trouvent le moindre mot qu’ils n’ont pas dans leur mémoire. Ainsi les recueils de proverbes semblent être des aide-mémoire de leurs propres auteurs.
Il n’est donc pas nécessaire de faire un dessin pour montrer que l’écriture phonétique du ciluba mène sûrement à l’impasse, dans des textes à vocation scientifique, philoso-phique, etc., car dans de tels textes, la lecture n’est pas un rappel de souvenirs mais une construction progressive du sens du message délivré par un auteur qui a nécessairement dit moins que ce qu’il a voulu dire.
Cela étant, une bonne orthographe est capitale.
La mienne ou une autre. Sans elle, des errements sont inévita-bles.
La bonne orthographe apprête notamment les matériaux nécessaires aux philosophes pour monter et asseoir leurs systèmes de pensée.
Les exemples sont légion.
Que penser aujourd’hui des dissertations philosophiques sur :
« muntu », « pantu »,
« kuntu », « cintu »,
quand il s’avère que ces concepts sont aussi à mettre en rapport avec :
« muntwu » , « paantu », « kuuntu »,
« ciintu », « muintu » [8] et « muuntu » ?
Ce sont alors les anthropologues qui se délectent seuls en s’apercevant que « muntwu » est un mot qui vient de « cu twa » et qu’à ce titre, il se rapporte aux réalités contenues dans des enveloppes, qui peuvent éclater sous forte pression, voire donner lieu à une cohabitation d’entités conflictuelles.
L’homme est une série d’enveloppes, dit l’Orient. Nos ancêtres font autant, à travers le mot « muntwu » !
« Cu twa » n’est pas la seule voie royale pour un lubaphone. Il y a aussi « ŋ ».
En effet, le verbe « cu ikala » a trois significations. Tantôt il situe dans l’espace et dans le temps :
« Ùewe hudi ku Mbùji Mâyi, yèeye wùdi ku Kanàngà ».
« Tudi dìibà dyà misàasa ».
Il se traduit alors par « ester », en espagnol et par « stare », en italien. Tantôt, il qualifie :
« wùdi mùimpè », « hudi mulenga mùoyo ».
Il se traduit par « ser », en espagnol et par « essere », en italien. Tantôt, enfin, il est utilisé pour exprimer « l’être en soi, indépendamment de toute référence géographique ni d’une qualité qui le particularise ». Il est alors « ŋ » :
« mèeme ŋ’mèeme ».
C’est la traduction approximative de « je suis celui qui suis ». C’est aussi l’expression de la conscience, dans :
« ŋ’di mèeme, pa ŋ’dì ŋ’nana lungènyi » :
« je pense donc je suis ».
Sur quelle base peut-on douter de la conscience de la primauté de « l’être » sur la « fonction », chez un lubaphone ? Au nom de quoi peut-on considérer que sa cosmologie est influencée par celle de l’Occident ? Dès lors qu’est-ce qui autorise le doute sur la rationalité de ses institutions étatiques précoloniales et sur sa notion de « personne » protagoniste du droit ?
Il est donc vrai que, face à notre avenir, ce qui nous a été fait, sous la colonisation, n’importe pas plus que ce que nous faisons du butin de notre libération.
Par ailleurs, il est vrai, aussi, que l’atrophie d’une langue est fort dommageable pour son locuteur natif ! Elle brouille son image, son statut et bien d’autres choses. Elle le handicape lourdement.
C’est par la parole, qui fait passer des représentations, du monde invisible de la pensée, au monde réel, que l’homme rend la réalité cohérente. Le film, que l’écrit donne, de la parole, met au jour le système enserrant les mots, dans des liens forts, les uns avec les autres. Il est à l’image du système social plural dans lequel l’homme se trouve pris, dans des liens de solidarité et autres. Il y a là un miroir. Il y a là une logique dont la violation perturbe la vie.
Réduire le ciluba écrit à la représentation des sons de même longueur, dépouillés de tons et d’identité et agglutinés en mots, au rythme du seul souffle, c’est l’inscrire dans l’objectivation marquée au sceau de grande relativité et, donc, dans le désenchantement du monde.
Il n’y a pas lieu de se plier à une quelconque fatalité.
Il y a mieux à faire : la ritualisation de l’enchantement du monde lubaphone.
Celle-ci appelle, au bas mot, un soin poussé de sauvegarde du sens de chaque syllabe : la sauvegarde de sa topologie et de sa fonction grammaticale. Elle appelle l’ingénierie des mots de désignation de tout concept et de nos pénates.
LES REGLES D’ORTHOGRAPHE
La langue écrite n’est pas la langue parlée. C’est une évidence. La langue écrite peut être un code de représentation d’idées alors que la langue parlée demeure un flot de sons, un flux de vociférations.
Dans cette vision des choses, un recensement poussé des idées a permis d’adopter la communication par idéogrammes. C’est le choix des Chinois. Une académie est mise en place pour l’actualiser et en diffuser les résultats. Il est entendu que les locuteurs du ciluba ne se sont encore pris en charge, à aucun moment de l’histoire de l’écriture.
Ils sont loin de réunir, actuellement, les conditions d’un tel choix, en dépit de la dérivation par suffixation du ciluba. Mais, sur quel argument solide fonder la raison de s’en plaindre ?
A y regarder de plus près, l’institution, par des missionnaires, de la syllabation de la langue parlée, dans sa représentation écrite, s’avère des plus heureuses, pour le ciluba. Non seulement chaque syllabe porte un sens mais celui-ci est la résultante de ceux de sa consonne et de sa voyelle.
Le hasard de la rencontre avec l’alphabet latin, analytique, s’avère un gage contre la rupture avec les options profectives. Il va donc de soi que l’alphabet latin est, pour les locuteurs du ciluba, le butin de libération qu’ils n’ont pas intérêt à lâcher. A quelque désagrément subi du « ciluba de coloniaux », le malheur de l’alphabet latin est bon.
Toutefois, le fournisseur de l’alphabet ne peut en prescrire l’emploi; c’est l’usager qui se l’approprie, l’utilise à sa guise, en redéfinit les signes, à son bénéfice, tel qu’il l’entend, dans sa propre vision du monde, etc. Il en détient la licence.
A cet égard, le «cilubà cikendàme» est l’entreprise de tailler, au ciluba, dans l’alphabet latin, un costume sur mesure. Il s’agit aussi de le chausser et, éventuellement, de l’équiper de prothèses orthopédiques. En même temps, il s’agit de lui permettre de marcher enfin harmonieusement, sur toutes les scènes de l’écriture. Il est de lui retirer un accoutrement de mode étrangère que des missionnaires lui ont enfilé, qui lui donne une allure toute gênée et qui s’avère, pour lui, un handicap mortifère. Autrement dit, l’alphabet latin n’est pas à prendre tel du bon « pain blanc ». Il est à arranger à la sauce de «busùkù’sùkù», avec le souci d’hospitalité d’en « raffoler » les locuteurs du ciluba.
Par exemple, les sons du ciluba ne requièrent pas l’utilisation de toutes les consonnes de l’alphabet latin. C’est ainsi que la consonne « x » n’a pas trouvé d’emploi. Elle ne fait donc pas partie de l’alphabet du ciluba. En dépit de ce trop plein de l’alphabet latin, il y a un manque à combler pour l’alphabet du ciluba. Trois de ses sons en appellent à des combinaisons de consonnes latines pour trouver leurs graphies. Il s’agit de «ny», qui représente « gn » français, de « sh », qui représente «ch» français et de «ng», qui représente le son anglais ou allemand «ng». Chacune d’elles est tenue, en ciluba, pour une seule consonne.
Ainsi, outre les consonnes « vocalisables », qui sont « b, ci, d, f, j, k, l, m, n, ny, ng, p, ph, q, s, shi, t, v, z », les semi-consonnes « w » et « y », le « ciluba cikendàme » compte aussi les consonnes « muettes » qui sont « h » préfixal et « r » terminal. Ces deux lettres jouent, chacune, un double rôle : celui de discriminer des homophones monosyllabiques et de moduler leur longueur. Ce sont donc des consonnes de service.
De manière générale, le choix de lettres est fait dans le double souci : éviter une grande rupture avec la pratique du «ciluba de coloniaux» et doter le « ciluba cikendàme» de moyens de représentation lui permettant d’être plus clair que la langue parlée, notamment par la discrimination graphique des homophones.
Parmi toutes les autres, la consonne « ŋ » ou « ng » appelle une mention particulière. Elle est nasale. Elle a toujours le ton bas. Elle subit des avatars, à travers un texte ou dans une même proposition. Entière devant une voyelle et « w », elle élide son « g » devant les consonnes. Après élision, elle connaît deux avatars alternatifs. Elle est « n » devant les consonnes « c, d, j, k, l, n, ny, q, s, t, y, z » tandis qu’elle est «m» devant «b, f, m, p, v». Elle remplit divers rôles. Elle peut être une syllabe constitutive du radical d’un mot. Elle peut être une particule de classe. Elle peut servir de verbe d’état, devant un adjectif ou un participe passé. En dépit de la même représentation, elle est distincte de consonnes « m », « n » et «ny», lorsque celles-ci sont suivies d’une voyelle, de « y » ou de « w ».
L’alphabet latin ne pourvoit pas le ciluba en quantité suffisante de consonnes.
Les préfixes des verbes techniques et les suffixes sont donc homographes alors qu’ils véhiculent des sens différents ainsi que l’établit la sémantique. La clarté eut été plus grande de discriminer préfixes et suffixes par l’adjonction, aux consonnes latines, des consonnes d’un second alphabet, afin de disposer d’un alphabet satisfaisant les exigences du ciluba. Le « ciluba cikendàme » n’a pas levé cette option. Il s’en tient aux ressources de l’alphabet latin. C’est le prix technique et esthétique qu’il paie.
Quant à ses besoins en voyelles, ils sont énormes, alors que l’alphabet latin ne lui offre que ses cinq voyelles, à savoir : «a», «e» , «i», «o» et «u».
Ayant opté de porter sur la voyelle de toute syllabe, ses caractéristiques significatives que sont la longueur et la hauteur du ton, le « cilubà cikendàme » recourt à des combinaisons de voyelles ainsi qu’aux semi-voyelles «w» et «y».
Enfin, le « cilubà cikendàme » édicte, de manière séparée, les règles d’écriture et celles de lecture de ses textes.
A. Les règles de lecture
Le texte en « cilubà cikendàme » se lit selon des règles propres au « ciluba cikendàme ».
Ici, comme ailleurs, la parole va à l’encontre de l’écrit.
Les règles sont simples. Elles sont au nombre de trois.
Pour transposer le texte en paroles, le lecteur se doit de les appliquer strictement. Il s’y habitue très vite.
Les 3 règles portent sur les liaisons, les consonnes et les voyelles.
Les voyelles sont assorties de tons et de longueurs à prendre en considération. Ce faisant, le lecteur reproduit correctement la parole. Il le lit alors comme il parle
1. Rythme et liaisons
La lecture se conduit par la liaison des pronoms et des verbes, lorsque ceux-ci commencent par une voyelle ou par « h » ou lorsqu’ils se terminent par « r ». En tout cas, ils sont liés les uns aux autres, tout d’une traite, sans pause entre eux. A ce sujet, il importe de savoir que la « h » placée au début d’un mot est une lettre muette : elle ne se prononce pas. De même la lettre « r », qui termine un mot est une lettre muette : elle ne se prononce pas.
« h préfixal » et « r terminal » n’inhibent pas les liaisons entre pronoms et verbes.
A la lecture, il n’y a pas de différence entre « ha » et « a ». Il n’y a pas non plus de différence entre « ar » et « a ». Non plus il n’y a de différence entre « hi » et « yi », ni entre « yi » et « i ». Il n’y a pas de différence entre « hu » et « wu » ni entre « wu et « u », ni non plus entre « er » et « e ».
Ils se prononcent de la même manière.
« ha » = « ar » = « a »,
« hi » = « yi » = « i »,
« er » = « e »,
« car » = « ca » = « ka »,
« cu » = « qu » = « ku ».
Les raisons de discrimination graphique de ces homophones sont d’ordre grammatical.
Muamba wùdi wù àmba bìshi ? :
« wù àmba » est prononcé « wàmba ».
Matalà hàdi pa muunyà :
la liaison entre matalà et hàdi est facultative.
Muamba wù èla dìiswu pambèlu èr cu mòna’yè muntwu :
èr se prononce « e ». Il est court et le « r » ne se prononce pas, dans ce cas.
Le même type de liaison prévaut entre le verbe et son éventuelle extension séparée.
Il est entendu que « h préfixal » et « r terminal » sont des lettres muettes. Elles n’ont pas de présence dans les liaisons ; elles ne se prononcent pas ; elles n’empêchent pas les liaisons de se faire.
Mu ambìla, àr elà dìiyi dikolè :
« àr elà » est prononcé « èelà ». Il y a, à la fois, élision de « a » ou mutation de « ae » en « ee » après omission de « r », dans la prononciation.
Matalà hà a edì nzeba :
« à hà a e » est prononcé « èe ».
En fait, abstraction faite de « h », « à à » donne « à : » et « a e » donne « e : » et la collusion « à : » et « e : » donne « èe ».
2. Les consonnes
Le tableau de correspondance entre consonnes et sons demeure le même que celui du « ciluba de coloniaux », à ceci près que « ci »[9] y remplace «tshi», que «ca» se prononce « ka », que « cu » ainsi que « qu » se prononce «ku» et que « h » préfixal et « r » terminal sont des consonnes « muettes ». Quant à « µ » préfixal, sa prononciation est facultative : il se prononce « m » ou « n » ou il est muet. « N » et « m » sont des lettres caméléon : devant une consonne, elles sont du même ton que la voyelle qui les précède. Lorsqu’elles sont préfixales d’une consonne, elles sont toujours de ton bas lorsqu’elles sont suivies d’apostrophe : (n’), (m’) ; elles sont de ton haut partout ailleurs.
Exemples :
« Cidìbu’dibu » se prononce [tshidibudibu] ;
« ca tuèna baswè » se prononce [katuena baswe] ;
« cièndè n’cu qu kùpa’cì aku» : ( il lui revient de te le lancer là)
se prononce [tshiende nkukukupatshi aku] ;
sur le plan de la prononciation « cu » = « qu » = « ku ».
« bur yèeye mumanyà wùvwa acu fika apa » se prononce [bu yeye mumanya uvwa kufika apa ] ;
µbankà : se prononce [mbankà] ou [ bankà ].
N’di m’bènga : se prononce [ `n’di `m’bènga] pour dire : je refuse ;
N’di Mbènga : se prononce [ `n’di ń’bènga] pour dire : je m’appelle Mbènga ou Mubènga.
Cu lomba : se prononce [ kú ló ń bá] et cu lòmba, [kú lò ń bá], etc.
Dans cette convention, « ce » se prononce [ ke ].
Il est rare. Il se rencontre dans des expressions telles que :
« aci ca’im bualu,
aci ca’m bualu,
aci ca’em bualu ou aci c’em bualu ».[10]
« H préfixal » étant une lettre muette, « h aspiré » est écrit : « ph ».
Exemples :
Phanshì, phàewulu, phaèbè, phaèndè, phaètù, Phùoyì, etc.
3. Les voyelles
A.1 Longueur
Une voyelle seule, entre deux consonnes ou finale, adossée contre une consonne, est de durée brève.
Elle est de durée double lorsqu’elle est suivie de deux consonnes de même son ou suivie d’un trait d’union.
Exemples :
Durée brève ou simple :
dilala, cu leka, cu nwà, cu lwa, etc.
durée double ou longue :
cu tècka (tè:ka), cu làlla (là:la), cu sùlla (sù:la), cu tutta (tu:ta), etc.
cìbàngà-cìbàngà, ngàmbà-maàlù, ngaèndà-mùshìngà, etc.
Un couple de voyelles a un son long, de durée double.
La voyelle « a » s’élide, en toute circonstance, chaque fois qu’elle est suivie d’une autre voyelle, sans préjudice quant à la durée de sa syllabe.
La propriété d’élision de «a» s’exerce en dépit de «r» terminal, dans «àr» et «car ».
Exemples :
maèsà, maalà, baipù, kangaìmbà, baupulu bà micì, baobeshi bà ndundu, etc.; mu ambìlà, àr iyà (ìiyà);
mu kàbìlà, àr elà (èelà) diîyi, àr car elà (keelà) diîyi.
Le couple de voyelles « ei » se lit « e : », avec une double longueur : mèiswu, mèinwu, meitu, mèina, meinà, etc.
A.2 Hauteur de ton
Un trait oblique descendant indique que la syllabe a :
un ton bas, lorsqu’il est porté sur son unique voyelle ou sur sa seconde, lorsqu’elle en a deux : cu bèla, cu tècka, maèsà, etc. ;
un ton descendant-ascendant, lorsqu’il est porté sur la première des voyelles de son couple : mùoyo, wùendè tatùendè, Nsàeya wa Luàbàeya wù a fikì; etc.
Un chapeau « ^ » sur la voyelle unique ou sur la seconde de son couple de voyelles indique que la syllabe est de ton ascendant-descendant : bângi, bûngi, bânga, mûnga, etc.
Un tréma « ¨ » sur :
une syllabe, dans un mot long, indique que ladite syllabe est de ton bas ainsi que toutes celles qui la suivent, dans le même mot.
Exemples:
kamüngulu, Lufüluabo, Kabëngele, Misäkaabo, Cibïciabo, Kankölongo, Nköngolo, etc.
la voyelle d’un monosyllabe, indique que cette voyelle se prononce seule, brève, et qu’elle ne peut pas être liée à une autre voyelle d’un mot écrit à sa suite.
Exemples :
Bü awu mubènga, kùvwa kujikà.
Kuètù, kùdì ewu bü ewu.
Toute syllabe à voyelle nue, simple ou longue, est de ton haut.
La syllabe nasale « n » ou « m » a un ton bas lorsqu’elle est suivie d’une consonne.
Toutefois, la bonne lecture du ciluba consiste notamment à prononcer distinctement une voyelle finale lorsqu’elle porte un ton bas et de « l’avaler » lorsqu’elle porte un ton haut.
Exemple :
Mishikankùndà yiètù hìdi ndùolò nè milòwo,
mimùemwe fùkùfùkù, dìiyi vuengavuenga,
mèinu hà bàlakana bur mìtùoto miela mukana.
A la lecture :
Mishikankùndà yiètù hìdi ndùolò nè milòw,
mimùemw fùkùfùkù, dìiy vuengavueng,
mèin hà bàlakan bur mìtùot miel mukan.
Il est important de maîtriser les règles de lecture de « cilubà cikendàme » avant d’apprendre ses règles d’écriture. En d’autres mots, la maîtrise de la lecture du « cilubà cikendàme » est la voie royale qui mène à la maîtrise de son écriture.
« Cu dyà lükasa’lükasa n’cu pyà mukana ».
« Kabwà kà lubilu kà shìle nyama panshì ».
« Quelque tortueux que soit ton chemin, dit un proverbe arabe, suis-le ».
Le ciluba est une musique dont nous avons à lire la partition.
B. Les règles d’écriture
Un texte est une œuvre d’art : pour les yeux, pour l’oreille, pour l’esprit.
Pour le charme des yeux, il peut être calligraphié et porté ainsi à un grand degré de beauté.
Il est, par conséquent, d’usage que les conventions adoptées pour écrire un texte, tout en lui conférant une grande clarté, lui préservent, en même temps, toute sa beauté. A cet égard, la convention du « cilubà cikendàme » s’appuie sur la statistique et sur l’esthétique dans le choix des représentations des syllabes des mots.
Le rôle premier d’un texte est celui de message visuel. Celui-ci atteint son objectif de communiquer, avec précision, au destinataire, la pensée de l’auteur, pour autant que ce dernier dispose d’outils de précision et en use, chaque fois que de besoin. A son tour, le lecteur est comblé, lorsqu’il connaît bien toutes les clés de décryptage du message.
Le premier peut ainsi user de divers artifices graphiques pour émettre des signes qui, pour le lecteur, demeurent homophones, tout en l’aiguillant vers des concepts distincts, les uns des autres. Ainsi, si tout signe écrit concourt au déchiffrage du message, tout n’est pas, pour autant, «vocalisable». L’écriture est une étape, au-delà du discours verbal. C’est le sens du progrès dans lequel s’inscrit le « cilubà cikendàme ».
Sa codification de l’écriture est une architecture. Elle détermine les matériaux «consonantiques», « vocaliques », les marques de la hauteur de ton ainsi que l’échafaudage des voyelles longues. Ensuite, elle énonce les règles d’assemblage des syllabes autonomes et celles des syllabes en mots. Enfin, elle règle, dans une proposition, la mise en scène des mots auxquels sont dévolues diverses fonctions; elle signale, en même temps, le consensus harmonique imposé alors aux mots d’une même proposition ou du même voisinage, en son sein.
B.1 La représentation des syllabes
Au regard de leur longueur et de la hauteur de leur ton, les syllabes du « cilubà cikendàme » se répartissent en huit groupes :
les syllabes simples à ton haut,
les syllabes simples à ton bas
les syllabes «nasales» à ton haut
les syllabes «nasales» à ton bas
les syllabes longues à ton haut
les syllabes longues à ton bas
les syllabes longues à ton ascendant-descendant
les syllabes longues à ton descendant-ascendant.
B.1.1 Les syllabes simples à ton haut
Ces syllabes sont les plus fréquentes dans un texte du ciluba. Par économie, le « cilubà cikendàme » les écrit simplement. Autrement dit, les lettres les composant sont écrites «nues», non surmontées d’aucun signe et la quantité vocalique égale à une voyelle.
Exemples :
Ba, be, bi, bo, bu, ci, di, fa, fe, fi, fo, fu, ja, je, ji, ka, ke, ki, ko, ku, la, le, lo, lu, ma, me, mi, mo, mu, na, ne, no, nu, pa, pe, pi, po, pu, pha, phe, phi, phu, pho, sa, se, so, su, sha, she, shi, sho, ta, te, to, tu, va, ve, vi, vo, vu, wa, we, wi, wo, wu, ya, ye, yi, yo, za, ze, zo, zu.
B.1.2 Les syllabes simples à ton bas
Du fait que, dans un texte du « cilubà cikendàme », les syllabes à ton bas sont peu nombreuses, le principe d’économie de signes justifie que leur voyelle soit surmontée d’un trait oblique descendant.
Exemples :
Bà, bè, bì, bò, bù, cì, dì, fà, fè, fì, fò, fù, jì, kà, kè, kì, kò, kù, là, lè, lò, lù, mà, mè, mì, mò, mù, nà, nè, nò, nù, nyà, nyè, nyì, nyò, nyù, pà, pè, pì, pò, pù, phà, phè, phì, phù, phò, sà, sè, sò, sù, shà, shè, shì, shò, tà, tè, tò, tù, và, vè, vì, vò, vù, wà, wè, wì, wò, wù, yà, yè, yì, yò, zà, zè, zò, zù.
B.1.3 Les syllabes «nasales»
La syllabe qui précède l’un des avatars de la consonne nasale « ng » donne l’impression d’être une syllabe longue. Il n’en est rien. L’impression tient de l’élan que prend le locuteur pour prononcer la nasale. La nasale peut être une syllabe simple. Dans ce dernier cas, sa voyelle est « nue » lorsque son ton est haut; elle est surmontée d’un trait oblique descendant, lorsque son ton est bas.
Exemples :
cyong’cyong’ncyong,
cyòng’cyòng’cyòng.
B.1.4 Les syllabes nasales
Les lettres « n » et « m » représentent des consonnes normales lorsqu’elles sont immédiatement suivies d’une voyelle.
Elles sont nasales lorsqu’elles sont immédiatement suivies d’une autre consonne.
Dans ce dernier cas, elles ont le même ton que la voyelle qui les précède dans un mot. Elles ont le ton haut si la voyelle est de ton haut ; elles ont le ton bas, dans le cas contraire.
Lorsqu’elles sont préfixales à une autre consonne :
– elles s’écrivent accolées à la consonne suivante, lorsqu’elles sont de ton haut ;
– elles s’écrivent séparées de la consonne suivante par un apostrophe, lorsqu’elles sont de ton bas. Dans ce dernier registre, « n » ou « m » représente le pronom sujet ou complément, à la première personne du singulier ou la « forme atemporelle » du verbe être.
Il arrive que, dans le rôle de particule de classe, « n » ou « m » soient à sous-entendre. Leur forme facultative est « μ ».
Exemples :
µbankà : se prononce [mbankà] ou [ bankà ].
N’di m’bènga : se prononce [ `n’di `m’bènga] pour dire : je refuse ;
N’di Mbènga : se prononce [ `n’di ń’bènga] pour dire : je m’appelle Mbènga ou Mubènga.
Mèeme n’mèeme [ mèémé `n mèémé] : je suis celui qui suis.
Cilomba : se prononce [ cí ló ń bá] et Cilòmbà [cí lò `m bà],
cu lòmba : [cú lò ń bá], cu lomba [cú ló ń bá], etc.
B.1.5 Les syllabes longues
Une syllabe longue comporte deux voyelles, pareilles ou différentes.
Elle est « syntaxique » lorsqu’elle est, dans un mot, la jointure entre, d’une part, une particule de classe, un pronom substitutif ou un suffixe et, d’autre part, un radical verbal.
Elle est « sémantique » lorsqu’elle est constituée d’une voyelle préfixale ou du préfixe consonantique d’un verbe.
La « syntaxique » a droit à une écriture «étymologique» tandis que la «sémantique» est sujette à l’écriture « automatique ».
B.1.5.1 Les syllabes longues à ton haut
Ecriture étymologique
« a » long s’écrit « aa »
Exemples :
maalu, kaaba, Baaya, maaka, etc.
« e » long s’écrit « ae » ou « ei »
Exemples :
maeji maela, maluvu maenga, kantu kaeyeka, kaaba kaeyemena, pantu paenyi, etc.
meitu (diitu), meinà (buinà), etc.
« i » long s’écrit « ai » ou « ii »
Exemples :
maipi, kaipi, kaibi, baici, kaici, etc.
ciinà, biinà, ciibi, biibi, etc.
« o » long s’écrit « ao » ou « uo »
Exemples :
kaonjì kaololola, kaobo kaokololo, etc.
muonjì muolola, luobo luokololo, etc.
« u » long s’écrit « uu » ou « au »
Exemples :
muulu, muubulu, luuvù, etc.
matàlà maubula, mafù maukùta, etc.
L’intégrité de la particule de classe et celle de la voyelle préfixale d’un radical sont préservées, à l’écriture, dans la syllabe de jointure. Dans quelques cas, la particule de classe en « a » mute en « e » devant le préfixe verbal « i ». La propriété générale que la voyelle « a » ne se prononce pas lorsqu’elle est suivie d’une autre voyelle ne dispense en rien de l’écrire, d’autant plus qu’elle confère une double longueur, à la voyelle prononcée.
Ecriture automatique
L’écriture automatique concerne le mécanisme des syllabes dites «sémantiques».
Ce phénomène est, notamment, une conséquence de l’élision. Lorsque se produit l’élision d’une voyelle, comprise entre deux syllabes de même consonne, il est observé, à la fois, le redoublement de la consonne en question et l’allongement de la syllabe qui la précède.
L’illustration en est, notamment, la phrase :
« lekà cu amba nànku », prononcée « lek’cu amba nànku ».
De durée normale dans la première version, la syllabe « le » est longue dans la seconde.
Une autre illustration.
Lorsqu’une maman souhaite, à sa fille qui se marie :
« hu a lela lulelu luvulè »,
les syllabes « le » ont la durée normale dans « lela » et dans « lulelu ». Les mêmes syllabes deviennent longues lorsque la grand-mère dit autant :
« hu a lellulelluvulè ».
Plus parlante encore est la formation du mot « mukènnàendè ». Il a même origine que le mot « mankènènè ». Cette origine est le verbe «cu kèna» : faire équipe.
Une co-épouse se traduit donc par « coéquipière » :
mukèna’nàendè, mukèn(a)nàendè, mukènnàendè.
Simple, au départ, la syllabe « ke » se trouve longue, à l’arrivée. Le cas le plus courant est celui des applicatifs des verbes « explicites ». Il s’agit des verbes qui, à l’état primaire, où ils ont leur premier sens, ont déjà un radical de quatre syllabes. Appartiennent à cette catégorie, des verbes tels que « cu sekelela » et « cu sàkidila ». Leurs applicatifs mécaniques seraient « cu sekelelela » et « cu sàkidilila ». Le radical en serait porté à cinq syllabes. : ce que la langue n’admet pas. Il se produit donc l’élision de « e » et de « i » de l’avant-dernière syllabe de ces dernières formes mécaniques, suivie de l’appa-rition des formes pratiquées « cu sekelella » et « cu sàkidilla ». Il y a donc redoublement de la dernière consonne et allongement de la syllabe qui la précède.
Le mécanisme est réversible.
En effet, le passage, d’un mot normal, à l’agglutination, s’accompagne, dans certains cas, de la réduction de la longueur de la syllabe sémantique. L’illustrent les mots courants « màmmù » et «tàttù», dans « mammù wùendè, mam(mù w)ùendè : mamùendè » et «tattù wùendè, tat(tù w)ùendè : tatùendè». Les syllabes « ma » et «ta» sont moins longues à l’arrivée qu’au départ.
La voie est ainsi tracée par la langue parlée.
Une syllabe longue du radical d’un verbe peut s’écrire avec une voyelle simple lorsqu’elle consiste en une voyelle préfixale; elle s’écrit suivie d’une double consonne lorsqu’elle est consonantique.
Exemples :
elà, asà, oshà, obòlà, ukùtà, ikìshà, ambà, enzà etc., eku, aku, ewu, awu, aba, eyi, èpelè etc.
malella matèckela bantwu, mututtu wà cikisu; wù vùddìle kàzakù, wù à kùlla bintu abi; wù làddìle mu nkuasa, wù à mu shìlle bulàllu; etc.
Pour des raisons d’esthétique :
« k » se redouble par « ck » ; tècka, kècka, tùcka, shìcka, etc.
« sh » par « ssh » : shìssha, etc.
« bw » par « aibwa » : shaìbwa, etc.
Les mots commençant par une voyelle non longue prennent un «h» devant ladite voyelle; les monosyllabes vocaliques non longs prennent un « r » terminal.
Exemples :
hànu, hàmu, hanyì, hàta, etc.
èr : èr cu bènga’yè; àr : àr bengà, kàdi àr sombèlà hànu kù dì’ye aku; c’àr fiki kàbìdì apa; etc. Malàllu aho, àr hà tèckà mu nzùbu munène; màkuàbò hàha ca hà mù buedì to.
B.1.5.2 Les tons dans les syllabes longues
Une syllabe longue peut comporter deux voyelles comme établi au point précédent. Quatre cas peuvent alors se présenter : les deux voyelles peuvent avoir, en même temps, un ton haut; elles peuvent, en même temps, avoir un ton bas; elles peuvent être de tons différents, la première de ton haut, la seconde de ton bas et vice versa.
L’annotation des marques de ton obéit toujours à la double règle de l’économie et de l’esthétique.
Elle s’énonce en deux temps.
Lorsqu’une syllabe longue comporte une seule voyelle, l’annotation de son ton se ramène à celle d’une syllabe simple.
Lorsqu’une syllabe longue comporte deux voyelles :
de ton haut, les voyelles sont « nues »;
Exemples : tuo’tuo’to, buo’buo’bo, zee’zee’ze, etc.
de ton bas, seule la seconde voyelle est surmontée d’un trait oblique descendant;
Exemples : pambèlu tuò; cìdìdiì !
de ton ascendant-descendant, seule la seconde voyelle est surmontée d’un chapeau « ^ »;
Exemples : maêba, diêba, diîba, meîba, meînwu, muînu, meîswu, diîswu, meîku, diîku, etc.
de ton descendant-ascendant, seule la première voyelle est surmontée d’un trait oblique descendant.
Exemples : tatùendè, mamùendè, bàyàendè, Luàbàeya, Nsàeya, mèeme, ùewe, yèeye, tùetu, nùenu, bàobo, bùobu, lùolo, kàoko, cìocyo, bìobi, hàoho, yìoyo, etc.
B.2 L’écriture d’un mot
Un mot est constitué d’une séquence de syllabes.
En « ciluba cikendàme », l’écriture d’un mot est une opération structuraliste qui met en place, le cas échéant :
la particule de classe intégrale
le radical verbal étendu aux suffixes brefs
un apostrophe entre les motifs du radical, en cas de répétition de celui-ci,
dans un mot composé, un trait d’union entre les radicaux au cas ou la jointure crée une syllabe longue
le suffixe long
la représentation des jointures syntaxiques et sémantiques
la marque de la hauteur de ton, dans chaque syllabe.
Il est important, dans l’écriture d’un substantif, d’avoir une idée claire sur le verbe dont il dérive et de bien vouloir y renvoyer. Par exemple, le mot travail se traduit par « mudimu », pour celui qui renvoie à « cu dima », tandis qu’il s’écrit « mudimwu », sous la plume de celui qui l’attribue à «cu dimwa». Il en est ainsi de « macì » de « cu cyà », de « macyò » de « cu cyòla » ou de « matù » ou « matwù », de « cu tà » ou « cu twà », etc.
La convention de représentation des sons crée, inévitablement, des homographes pour tous les homophones. Il s’impose donc la nécessité de nuancer ladite convention pour introduire, autant que faire se peut, une discrimination graphique parmi les homophones en vue d’une plus grande clarté du message écrit.
Les ressources de l’alphabet latin permettent au « cilubà cikendàme » d’écrire différemment :
les trois [ a ]
« a » : auxiliaire de conjugaison.
Bà a bàndi nè njila. Bà à bànda, bà à pueka, tuo nè mù à cyà butùku.
« ar » : le pronom personnel, de la classe « mu » de « mu-ba », au subjonctif.
Ar pità nè njila; c’àr ìmanyi apa to.
« hà » : le pronom personnel de la classe « ma » de « bu-ma » ou « di-ma ».
Maâyi hà àcu owa aha h’à anjì h’à enzà civùvvù; ca hà tèwuku.
les deux [ u ]
« hu » : le pronom personnel, à la deuxième personne, de la classe « mu » de « mu-ba ».
Hù mu ambìlà, hù mu sèngèlèllà : àr vwa lùkàsà.
« wu » : pronom personnel, à la troisième personne de la classe « mu » ou « n/m », de « mu-ba, mu-mi, n-n, m-m ».
Mùana wu hù a tèjji, wù a fiki : n’yèeye ewu.
les trois [ ku ]
« ku » : le locatif
Kuètù ku n’lela, nànsha bà kù àna nzala, kùdi hànu kuètù.
« cu » : la particule infinitive.
Ecu ky cu mòna mwù àcu fwà ne mwù àcu ya mùoyo.
« qu » : pronom personnel complément, à la deuxième personne de la classe « mu » de «mu-ba».
Hu mu amba yèeye, paèndè wù qu amba ùewe.
« qu » : marque d’un passif accidentel.
Mùana m’mutùcqa cisuùlùlù, m’mutàpìqa mpùtà, m’mupuòqa dìinwu.
les quatre [i ]
« i » : forme archaïque de « être ».
Mfuàlànsa im mfuàlanga hanyì?
Mudimu ky tàttù, mudimu ky màmmù.
« I » : pronom personnel, à la première personne, à la forme négative.
C’Iena nè ci Ndì c’Iyi muelèka to : c’Iena nè ci N’càyi mueleka to.
« hi » : pronom personnel sujet de la classe « mi » et du pluriel de « n-, m-m ».
Micì hìdi hì vuambila, hì kùtakaja apa pàonso.
« yi » : pronom personnel complément de la classe « mi » et du pluriel de « n-n ou m-m ».
Mpàndà yi hù a pungù yà mibìshi hì a cìbuku.
les trois [ ka ]
« ca » : le négateur
Il accompagne les auxiliaires de négation et les formes verbales simples.
Ca baèna mwù àcu ikala ca bàyi ca bàyi babènga. C’hù bèngi buèndè to, c’àr vwu cu kuàcika ciijì.
« car » : indicateur de déplacement dans le temps et dans l’espace.
Nèe nù car fika diîba kàayì, nè nù car mu sangènna kuepì?
« ka » : particule de classe et pronom personnel de la classe « ka » de « ka-tu ».
Les deux [di ]
« di » : pronom personnel et particule de la classe « di » de « di-ma » : edi didìma., bàdi bà dì kùba kùdì nganyì ?
« dy » : pronom personnel réfléchi, à toutes les personnes du discours : wùdi wù dy swa; bàdi bà dy pàya; nudi nu dy puekesha; etc.
Les trois [ bu ]
« bu » : pronom personnel et particule de la classe « bu » de « bu-ma » : budimi bu hùdì mupùlla pàpa m’bwà tumbelà hanyì m’bwà ciômba ?
« bü » ou « bur » : conjonction ou adverbe : bü yèeye mufikà; bàdi ewu bü ewu; bü awu c’àyi’kù, cùvwa cujikà; etc.
« bwù » : l’expression de « l’obligation » ou du « devoir » devant l’auxiliaire « àcu » précédant un verbe.
Les deux [ ba ] et les trois [ bo ]
« ba » : pronom pluriel de « mu-ba » fait « bo » lorsqu’il y a inversion avec le verbe dont il est le sujet ;
Bantwu bàdi bale : bà àmba naè, mùnu m’muàbò bàobo nkàyàabò mwù àcu tancila’bò.
« bha » pronom indéfini fait « bho » lorsqu’il y a inversion avec le verbe dont il est le sujet ;
Eku bhàdi bhà àmba naè, ca’im bhàmanyà bualu ebu kùdì muntwu nànsha wumwe, èr cu jiadika’bhò nànku nseka yìonso.
« buo » est la forme du pronom « bu » lorsqu’il est placé après le verbe dont il est le sujet et un objet.
Budi bù alàbèlla èr cu dy punga’buò.
Les cinq [ ne ]
Ils sont né, nèe, ne ou nè, ner ou nèr, nae ou naè, selon l’allure musicale que prend l’environnement dans la proposition où ils se trouvent :
– nè ou ne est la conjonction « et » : elle n’est suivie d’aucun signe de ponctuation;
M’bîmpè cu miamina màayi nè cu kòmba, muunda nè pambèlu.
– ner ou nèr est l’introduction d’une approximation géographique, temporelle ou autre.
- a) Hànu yèeye nèr àr jiukà, tùetù aba puà !
- b) Abu bualu m’bwù àcu londa tùo nèr ku ndekelu wùabù, èr cu bù fikisha nèr kùdì banènè bà muètù.
– nae ou naè :
1) il traduit « que », la locution qui introduit un discours direct ou indirect ; il est suivie d’une virgule lorsque le discours rapporté est indirect ; elle est suivie de deux points ou d’une virgule suivie de guillemets, lorsque le discours rapporté est direct ;
Er cu bà àmbila’yè naè, wudi wù àlukila hànu mu citùpà cyà diìba ; bàobo paàbò bà mòna mutancì munènga, èr cu cìbija’bò naè : « ewu wù à yi lùonso ».
2) il est la préposition « avec » : elle n’est suivie d’aucun signe de ponctuation.
- a) Mpika wù làddìla pànu naè mùonjì muela mu nshìngù.
– « nèe » est l’auxiliaire du futur, à la forme affirmative, dans une proposition principale.
Nèe tù mónà mù à pìtà’bo naè bualu ebu : nèe àr béngà, c’àcu itaba to.
– « né » : la traduction de « éventuellement », l’expression d’un doute, d’une hésitation.
C’Ienà mumanyà né wù à vwa, né c’à àcu vwa.
Le recours au tréma ou au « r » terminal se justifie par le souci d’indiquer, dans ce cas précis, que la voyelle qui en est affectée se prononce seule et brève : elle ne peut être liée à aucune autre voyelle d’un mot écrit à sa suite.
Dans l’écriture d’un mot, l’effort d’esthétique peut être encore plus grand.
Ainsi un tréma « ¨ », porté sur une syllabe, indique qu’à partir de ladite syllabe, toutes celles qui la suivent, dans le même mot, ont, chacune, un ton bas, malgré le fait d’être écrites « nues ».
Exemples : Kabèngèlè : Kabëngele; Lufùluàbò : Lufüluabo; Cìbàtà : Cïbata; ciìnàmìnà : cïinamina, etc.
Ainsi, la réduction vocalique est de rigueur, dans toute jointure non syntaxique, lorsque le ton de la syllabe est ascendant-descendant.
Exemples : mûnga, bânga, bûngi, mângi, etc.
B.3 L’écriture d’une proposition
Sous quelques coutures que l’on observe le ciluba, il présente le visage d’une entreprise structuraliste. Seuls ne s’en aperçoivent pas, ceux-là qui, dans la communication, pensent le message comme agglutination de propositions plutôt que comme rafales de mots, pensent plutôt aux choses qu’aux emplois dévolus à celles-ci, plutôt à la musique des mots qu’à leurs structures, plutôt à l’émission des syllabes qu’à l’algèbre des signes dont sont affectées, au sein d’elles, consonnes et voyelles livrées à un ballet de sons réglé en pas et tons.
Au mépris d’une telle évidence ou par ignorance, par « bujindu », le «ciluba de coloniaux» n’eut pas froid aux yeux de préconiser d’écrire : «Ekumwenanganabomomo». Une phrase en un mot !
Les questions fusent, toutes simples et naturelles : où est le sujet, et le verbe, et l’objet ?
Devant « Ekumumwenayemomo », les mêmes questions reviennent. S’y ajoute aussi celle de la vitesse de lecture. En effet, les mots, qui sont des images du message visuel, au lieu de jouir d’une stabilité qui en facilite la reconnaissance, agglutinent verbes et pronoms de tout statut, tels des nuages qui se forment et se déforment dans un ciel venté. Lors de la lecture, l’œil ne glisse pas, rapidement sur des images connues, habituelles; il a, en prédateur du sens, à débusquer, dans chaque « buisson », le verbe et les pronoms qui y campent. Il recourt même à la voix afin que l’oreille assure l’interprétation du texte au cerveau. L’ensemble de la gymnastique use prématurément l’athlète de la lecture du « ciluba de coloniaux » qu’il décroche vite, décourageant les auteurs de textes et inhibant toute imagination littéraire, sinon la refoulant dans la seule oralité.
Le « cilubà cikendàme » change donc de pallier. Il reprend l’entreprise là où elle eût dû débuter.
Ainsi, il écrit : « Èr cu muèna’angana’bò mùomò » et « Èr cu mu muèna’yè mùomò ».
La différence est là : elle est dans l’annotation des tons, dans la marque de la longueur de syllabes et surtout dans la mise en scène de l’actant, de l’action, de l’objet et des circonstances. Au-delà, il y a toute la clarté apportée à la grammaire, en tant que commentaire de justification de la convention orthographique.
Par-dessus tout, que ne peut, au plan psychologique, apporter en prise de conscience, une pratique de mise en scène où le sujet n’est pas absorbé dans le tohu-bohu de signes et de cris mais où il est bien mis en lumière que l’objet n’est à la portée du sujet qu’au travers de l’action ?
Plus prosaïquement, les règles de respect de l’intégrité des concepts et donc en faveur de la séparation physique de leurs représentations graphiques sont clairement établies.
Règle 1
Tout pronom, sujet ou complément, s’écrit « autonome », séparé du verbe. En cas d’inversion entre le verbe et le pronom-sujet, celui-ci est séparé du verbe par un apostrophe. Le pronom est également séparé, par un apostrophe, du participe présent.
Exemples :
Bakolè bà ambìle naè : « bà à qu seka, ca bà qu didì ».
Bualu, bù ambìlè’bo, ebu ky bù dì’ye muitàbe naè, m’bushìwà.
Wù a pìci apa : wù’ènda wù’tànda, wù’twa mikùmà, bu wù acu panda bulaba mitanta.
Règle 2
Sont écrites séparées du pronom-sujet, les formes auxiliaires de conjugaison qui commencent par une voyelle, tandis que celles qui commencent par une consonne sont accolées au pronom-sujet.
Exemples :
Bàdi bà longa, bàtu bà nàya, bàya cu kedyedya bu bàana bàonso. Tubà yi, bàobo bà à shialà. Muntwu wùonso wukà a londò njila wàwa wùdi hànu wù laluka. Ùewe hu mu londa’londa, hu adì’acu laluka. Wù a suìki hànu pà a suìkidi’yè apo. N’kàddi mubènga muandà awu.
Règle 3
Le verbe, étendu à ses suffixes brefs, s’écrit séparé de ses suffixes longs : angana, angala, angaja. Au fréquentatif, un apostrophe s’intercale dans la répétition du motif verbal.
Exemples :
Cu londa’londa nkokà n’cu mòna’mona minyiotò; cu tamina’tamina bakùlù n’cu shikuluja maalu hà mwù àcu fwà ne mwù àcu ya mùoyo.
Ùewe mulekèlà àngàna mulonda ewu pambèlu, wùdi wù kònya angala.
Règle 4
Les adjectifs qualificatifs, numéraux, ordinaux, possessifs, interrogatifs et quelconques sont préfixés de particules de classes ou pronoms. Les adjectifs démonstratifs pour les objets éloignés des interlocuteurs sont des dissyllabes résultant du redoublement du pronom correspondant tandis que ceux désignant des objets proches des interlocuteurs sont des pronoms correspondants préfixés de « e » ou de « a ».
Exemples :
Haàbò maalu makuàbò hàbìdì manène aho hàepì ? M’mainàayi aho ku mulongo wà maalu malelèlè hàdì maenzèka, bunshì ebu.
Règle 5
Dans une proposition, lorsqu’un mot, à ton bas sur l’avant-dernière syllabe du radical et à ton haut sur la finale, est suivi d’un possessif à ton préfixal bas ou d’un monosyllabe à ton bas, autre qu’un pronom-sujet non relatif, sa finale prend, en l’occurrence, un ton bas.
Lorsque ledit mot est un sujet d’une proposition subordon-née, suivi d’un pronom à ton bas, sa dernière syllabe prend un ton bas.
Exemples :
« Mu Kabalà mulengèle mu hù yillè car buela ngandù » mais « mu Kabalà mulengèlè mù yillè car buela ngandù ».
« Mubèddi wa dìsammà dinènè dyà cinànù’nànù wù twa mùana wùendè meîswu, yèeye cu pànda » mais « babèddì bà màsammà manènè hà cinànù’nànù, bà twa bàanà baàbò meîswù haàbò, bàobo cu pànda ».
« Mucì munène wùdi muciàmàkàna mu njila wùebè munène wa kala awu » mais « mucì munènè wùdì muciàmàkàne mu njila wùebè wa kala awu ng’wuèndè » ou « mucì munène wu hùdì muciàmàkàja mu njila awu ng’wuètù » ou encore « mucì munènè wù dì’ye muciàmàkàja mu njila munène awu ng’wuèbè ».
Lubènji kàayì ? Lubènjì lùdì pambèlu luàlwa.
Remarque
Le ton descendant-ascendant n’est pas à assimiler au ton bas, dans une syllabe longue.
« Mùana wùabò » mais « bàanà baàbò ».
En revanche, le ton descendant-ascendant est assimilé, dans le consensus tonologique, à un ton bas.
« Mucì wùowo wu hù a upùlù ùewe wùepì » mais «mucì wùowò wù a upùlù’ye yèeye wùepì».
MUTANDA WA KÀSÀAYÌ
Nyiunyi yìonso naè diswa,
mpùku naè buèndè buinà,
mpasu naè mukùmbì,
yeeye wu c’à ìbaka,
meeme, Kàsàayì n’kuètù ku’n’lela,
n’ditùnga di tù cà nanganangà
cu mòna bàana bà fwa nzala.
N‘ditùngà dyà milòwo nè muenya,
ditùngà dyà lùumù nè malelle,
dìdì, kùonso ku n‘kaà à yi,
dìodi èr cu n‘sammina mùoyo.
Mùoyo wù n‘kùyila bur mpùtà muunda,
majìya hà n‘sansakana sansa‘sansa,
bur kabuasa, mu dikàsà, ka‘nga‘asà.
N‘ditùngà dyà mikùnà mitùmbùke muulu mule:
wà Nyemvwà, wà mbessa muasa mu lubuebwe,
nè nkuasa nè malàllù byà mabwe biadija‘mù;
mikùnà yà Kankelenge nè Kalundù,
kùdì muunya mutuuyàkànè,
kùdì kapeppèlè kà fùmfuluka muulu,
pambidi nè panshì kà fòmfoloka,
kù bàndà‘bandà nsenjì nè nkala,
nyama ya mikòno hì shìckila,
nyòka hì nyiema mikùmà mitutta,
hì buela ku meinà, hì bùtama.
N‘di wa ku mukùnà wà Katengà,
mukùnà wà kamùngùlù :
wù bànda‘bandà misèmpè‘sèmpè,
wù cà bàndi banyianà,
wùdì, kàbìdì, banène‘mbèsè
ca bàyi mwù àcu sema‘sema;
mukùnà, wùdì, wùowo mutwù muasa biulù’ulu,
mu mbèsè, muunyà mutècke, wù‘twa mimuemwe;
mukùnà, wùdì cu tàngila, cu mòna èr cu bandilula.
Ndi wa mu Ntàlangà, mu ngaakuilu,
mukùnà, wùdì mvùla wù nyanuna‘anuna mbidi,
wù dì‘ye, nànsha yèeye mukici bìshi,
c‘àyi mwù àcu bombolola;
mukùnà, wùdì mvùnda wù sàamuna‘saamuna mualalla,
wù dì‘ye, nànsha yèeye civubù bìshi,
c‘àyi mwù àcu tentamuna.
N‘di wa ku mikùnà hìdì hì senguluka lusenga,
lùdì, mu muunyà, lu‘èngelela bur maâyì.
Kuètù n‘kùdì cu tùlla cilùnda èr cu angula mbongò,
cu twà cikàsu panshì èr cu yì ùwuja cisakà,
cu ina kasengulu èr cu yì sengula senga‘senga.
Kuètù n‘kùdì bìcyelè bicyelèle cyelelèe,
bibangà ku Kazumba bitwè ku Cincìankù;
n‘kùdì, kabanda kà‘èbuka mu Lùebù,
mu Muene Diitu, kabandà muàmwa nèr emùemu;
n‘kùdì lùsèndè [11]lusèmba mu Lùodyà,
nshìmettù mutandàmàne mu Katanda,
ekùeku, mfuàdì [12]mufuàmba mu Lusambo.
M‘bulaba bùdì bikàlàbwà nè bibuebwa
byà mukùba nè byà yènkè, [13]
wudi mbidi bàlà‘bàlà,
wù kenka bàlà‘bàlà mu muunyà;
m‘bùdì nzuòlo hì à salla, mu Musèfù,
bitende byà bàana bì à buoya ngùolò;
ekùeku, ngànyìvù [14] muunda tenge‘tenge.
Kuètù n‘kù àcu dyà lùosà mu Lùodyà bodya‘bodya,
n‘kwà maèsà màlòngò tèntè‘tèntè:
bisèki‘seki‘kù, midiòkò kùokò;
bisèki : buanga bù àcu dy òndopa nàabù,
midiòkò : yì àcu dyà cu vudija maeji.
Kuètù n‘kùdì bìonsò byà pànù bilenge,
bìdì bi‘tù‘pungila punga‘punga :
n‘kùdì busa, n‘kùdì mulenge‘lenge,
n‘kùdì nsawula, n‘kùdì bushongo,
n‘kùdì nkùnda, bibòte, mèishi nè bùowa;
nkùdì tùshà, tùkùndà nè tubùobo,
nyiunyi wa nkùadì nè nyama wa nsenjì:
bìdì cu dyà, cu bì nàngila pànu
èr cu tùnkumuka mazengù.
Yiètù mpàta, mikùnà nè micì
m‘bimanyìka, m‘bitaèbwa meîna.
Tudi, bà mu bikùyi nè mu mawola,
bà mu mapòdi nè mu misesa,
misesa yà makàlu’makàlu :
yà pambèlu nè bilòngò, yà mèishi kuitu,
tudi bà mu mipàfù nè mu mipenga,
bà mu mituòci nè mu bifumba,
bà mu mpùmbwa nè mu bitefù,
bà mu mipèttà mikuàma mipungà :
eyi mikuàma ngèlella’bitamfù,
yìaya mikuàma tuena’budianga;
tudi bà mu malèngè nè mu mienge,
bà mu mabwè nè mu makuaka,
bà mu kalala-kabwè nè mu mabondo,
bà mu makàkà hà bìatà bì àcu elela balenge,
bapala‘mpàla bazàngàme mu nkuasa;
tudi bà mu màngeyà nè mu ndunga,
bà mu bìlèlà nè mu ndundù,
tudi bà mu kabùji’mucì nè mu cikela’mucì,
bà mu mazàyà nè mu mìtondo‘mashi,
tudi bà mu mìlembà nè mu miabi,
tudi bà mu milèmbà mikuàma butuòlò,
bù dya-dyà mbonkòdi hi‘èla mfuàlànsà
yà disànka nè yì àcu bù sammuna nàayò;
tudi bà mu miabi yà bulengèle,
bùdì ca bu èla cisùllùlù,
bùobu buanyika pa muunyà;
tudi bà mu nciàmbà milènga lenga‘lenga,
mùdì mbùji wa lusèngu lùmwè mu‘car‘tamìna.
Kuètù n‘ditùngà dyà mpolondo:
mùdì bantwu bà àndamuka ntambwe,
bânga bà kùdimuka tupumbwa,
abàaba bà àluluka nguvù;
n‘kùdì nkulu hì bànda naè lubìlànjì,
ngònyi‘ònyì hì àndamuka mpanga;
n‘kùdì lushìbà luyickà milungu kunshì,
yà wa nzala, èr cu tùlla‘yè mulungu cu dyà;
n‘kùdì nyòngòlò miendèla muunda‘muunda,
yà njila mitutta kùdì njìbù wa lùumbù,
wudì wu mù kòsa mbùwu nè nkòkà kabù‘kabù;
n‘ku mpàta mialàbàle, mikàya mìnkelebende,[15]
n‘kùdì mèitu nè kùdì makuòtà,
kùdì muntwu wù cìnna nyòka,
nyòka wù cìnna mùntwù,
n‘kùdì nkùadì wa muzekete nè wa bumàmà,
n‘kwà nyòka mule-mùle wu cà dy kòsolola biombo,
n‘kwà nzuòlo mulàlla pambèlu
wu cà àndamuka nkùadì,
n‘kùdì nkàshiàmà wa mukìle mule-mùle,
wà muunda lukàbù‘kàbù, kuîsu kulengèle;
n‘kùdì nkàshiàmà wa mpàmba wa bìtolè,
cienda nkaàyà wa wù‘dy‘kuàcila wù‘dya;
n‘kù majiba hà lunkùmba[16] nè hà cu owa maâyì.
Kuètù n‘kù diacìlè Balèllè pa lubuebwe lukolè,
bà à pà shìya makàsà, hàcìdì hà lella nèr lellù;
n‘ku mbessa miasa mu lubuebwe lupanda,
nè nkuasa nè malàllù byà mabwe biadija‘mù;
n‘kwà Mikomba a Kalèwu, wa nsàlà wa nyangà‘nyangà,
nkole wa mafùmà nè ngabu, nkàyàendè mu‘dy‘fùke.
Kuètù n’kùdì cu sebela musebu,
cu kuàta nzuòlo mutuòke, cu imana tèndèe
èr cu tèndelella Mawueja À’nangila,
Wa kàmwè cu dyà, kakuàbò cu Mu pà,
naè, Kaèbè n’kàakù kàdi kaètù kàepì,
bwà À àngatà milàmbù,
À yì kùdìmùnà bukolè
bù à, tùetu, cu tanta nàabù.
Kuètù n‘ku bakwà Kalunga :
bà lungìlà nsànga mù àcar fika mu Diulu,
bà lungìlà ngènyi, bà à muna nyama wa nzaji,
bà à mu tècka nkùbà wa bìuma nè wa bimunà :
eku bukwà bisàmba bù kàya, bù kàwulula bintu;
kuètù n‘ku bankìndàkàjà,[17] bà njila mîngì,
bàdì yàya hì fwa, bàobo èr cu tuttulula eyìeyi;
ba-cikòluolò, nyunyi wa nsambà‘sàmbà,
bàdì bà sabukà musùlu èr cu andamuna ngaakuilu:
èr cu tècka ngaakuilu dyà muàmwa, mûnga dìishiyà,
bur bàdì bàpungà ntèndu bwù àcu sabuka maâyì;
bàdì muyiukì wùmwè, ntèndu bûngi,
bur ciombelu cisangà nzènzà, miònzò nè lunkombè;
baena muakulu wùdì, ku macì, mulengèle lengelèe,
wùdì, mukana, mupeppèlè peppelèe,
wùdì mìakù bûngi bur lufùtuùtù lwà mìtùoto muulu :
eyìeyi yì àcu tùlla nàayì dìiyi,
mîngà yì àcu kedyedya nàayì ;
bansenda wa bìamù, bà fùdìlà nkàsu,
bà à sàka bìpìndà ku njila wa didima madimi;
bàdì bulundà bur lukòlè lwà mulungu‘lungu,
bur bulelè bufìlèjje bukalenge mu nkuasa;
bà pungìlè bulundà nè bakwà bisàmba,
bà à bà kòwolela, bà à bà kòla buena wùetù.
Kuètù ca kuèna wùâkù wu caèna wùâbhò:
n‘kù pà-pà‘bho cipàpaàyì :
cu pà Kàanku, cu pà Biduàyà,
cu pà Mingha, cu pà Onùokòkò,
cu pà Pe r r ò, cu pà Kadòngò,
cu pà Kayumba, cu pà Hirùng,
cu pà Kasongwo nè Luàmbwà,
cu pà Mbombo nè Ntùmbà,
cu pà mukùlù, cu pà muakùnyà,
cu pà mulanda, cu pà mupèlè,
muenyi, muikadi nè muzèmbè.
Kuètù n‘kù subukilà‘bho buenyi bwà bazèmbè,
bà bimunyi bì àcu tuòla nàabì,[18] tuòlà‘tuòlà,
bintu byà pànùapa nè bintu byà pànu paàpa.
N‘ku mbalà yà mbèlù yà mishìku miasa buàshì,
yà mìoyo kuulu‘kuulu, hì patata, hì zùka,
dìiba dìonso, zùkù‘zùkù, hì òbokela baenyi.
Kuètù n‘ku banzungu, banzònda nè bankenga,[19]
bàdì bauwùle tèntè mwà Lukengu,
bàdì bidibi [20] bikubà kuulu nè panshì,
bur bìfuèbè biluòtakana ku tulù,
naè madiba makenga malengela,
makengàbèlla ku diìswù nè mankendà;
kuètù n‘kù àngululà‘bho bisènyà
èr cu fìmba ngaesu, èr cu fìmbakaja nyingù;
n‘kùdì, eku, Kabundi kadìmùkìle
bukwà nyama minène yìonso, mu mìanu,
eku, nkàshiàmà wù‘lumbuluisha bantwu.
Kuètù n‘ku bantwu bà mpolondo :
bàdì makàlu nèr makàlu,
beîmpè bângi, babì babalèe;
n‘kù kòbèlà‘bho[21] bukùnza,
bù à sàamina bantwu mùoyo,
n‘kù kòbèlà‘bho bufìcka,
bhà à bù bandila bandi‘bandi.
N‘ku balùmè bà ntàku nè bà nsongo:
bà ntàkù, bàdì bàobo bule bwà bantwu,
bàdì bà buelà mu nzùbu,
bapàngàbàla panga‘panga,
muongo tèndèe, mpàla musumpa muulu;
bà nsongo, bàdì bale-bàlè bale :
bàdì bule bur bù àcu kòsolola bitùpà,
yèeye mutwà pânshì mutàmbe nsùbu,
nànsha yèeye wa cìlalla a kuùlù,
nsùbu cu mu tàmba‘yè bulèe,
hànu bwà bimana biàndì.
Kuètù n’ku mishikankùndà hìdì nduolò nè milòwo,
hìdì : eyi luendu lulekelela, yàya luendu lwà kansukàla;
hìdì : eyi mbidi wa lusà, yàya mpàla wa lumuènu,
hìdì mimuemwe fùkùfùkù, dìiyi vuengavuenga,
mèinwu hà’bàlakana bur mìtùoto miela mukana,
kadiòngòlò lèbàlèbà : kapungila divuàla busàngà,
bulengèla-lèngèlaàyì, bwà cibùji nè bwà kambuìtà.
Mishika hìdì, ewu bur ewu, ku lukebu nè ku luìdì;[22]
hìdì bulongo mu bulelà, bulelà mu bulongo;
hìdì, mu mbuaya, hì kèba cu tùpika bu-mwa-kàmwè,
mùoyi wà cu sambuka nàawù diikùmi hànu tandatanda;
hìdì, dyà mvità, eyi mikotà mikaàyà, yàya hì èla kabuòbò;
hìdì, buàcyà’buìlà, mu mvità yì àcu owesha nè cu diìsha:
hìdì, kavùla pambèlu yèbà’yèbà, yìoyi miadi kayioyi’yioyi.
Cu bala wùmwè n’cu’yì’bala yìonso a yiònsò;
cu taèja yà kala n’cu taèla yà lellù nè hì àdi àcu bàla :
Kapinga wa Kacì nè Ciyàmba wa Kacì,
Bìanzà wa Kàemba nè Bìanzà wa Kàzùlukù,
Kapinga a Yàmbà nè Mulèka wa Mùtuàlà,
Ka-Yòwa wa Bayombò nè Kalanga wa Buònyì,
Bàlèngà wa Mbombo nè Kabedi wa ba-Ndiàdyà,
pàmwè nè Cilandà wa ba-Kaàsà a Mutòmbò,
nè Ciyàambà mujiika naè mùoyo pa ndòndò.
Kuètù n‘kù dì‘bho bhà dy mòna lukebu lùmwè
èr cu jinga‘bhò dishìllangana‘bhò;
bhà nàya naè nsangà bur ndundu muela mu cialu:
wù pàta pata‘pata, bhôbo cu mu tùpula kule;
wù ya muulu mule, bhôbo cu mu shiobuela mushiobò
naè, nsangà musuìbwè wùkàadi c‘àr ìkidi panshì.
Diinà dyà Kàsàayì dìdi di m’pà dijinga mùoyo tèntè
dì àcu jinga cì jinga’jingà bakùlù nè bitende,
cyà sè, Kàsàayì kà jimakanà hànu jima’jima.
Kàoko ky ntuìlanganyi wa Kongò,
ky mù dì’ye mwù àcu fuìla hanyì cu ya mùoyo.
Kongo ky mùoyo mukolè wa Cimfìckà,
ky kù dì’ci cilàlla citèckèla wuàcì mùoyo.
Disàayika dyà Kàsàayì n’dipùngà’mùoyo dyà Kongò ;
lufwù lwà Kongò n’kabùtù kà Cimfìckà kà butu’butu.
Ndi n’jinga, Kàsàayì kà ìkalà ditùngà dyà mùoyo mulenga :
dyà wù a dima, wù à nowa, wù à dy tèckela ku maèsà,
dyà wù a lela, wù à kolesha, wù à sèlesha,
dyà wù a mòna diîba, wù à nuna, wù à àngata bankànà ;
ca dìyi dyà muntwu wù nyènga mukuèndè mpùku
èr cu mu nyènga nè mukèlè’kèlè wù àcu ashila biajì,
èr cu mu nyèngela’pù nè lukìndà lù àcu salla nàalù ;
ca dìyi ditùngà dyà ntambwe wa lungènyi :
wudi wù pala abàaba, bàdì nè nzala,
wù pa bàbà nàkà, bàdì baukùte.
Kàsàayì wùetù, Kàsàayì :
endàaco mazengù,
endàaco madìndà,
c’hùyi mikàlu muunda,
mpàla musumpa muulu.
Kasàayì :
kolàaco buobuobo,
bur musuàswà, bur nyindu,
bur cìamù cyà mu ditanda !
Tàatù Wùetù Muena pànu pàonso,
mu diïnà dyà mùanaèbè Yìezù Kidissù,
Hù túmbaibwà,
mu buètù bukalenga bwà cìata ;
bìdì bisuìbwa ku Hùdì, bì ènjaibwà pa buloba,
mùr kàadì’bi bienjaìbwa mu Diulu ;
tù paébwà ciètù cì àcu dyà cyà matùku hàonso
nè lusa lwà pa mibì yìonso yi tùdì baenzà,
pàmwè nè mùoyo, wù àcu lekela nàawù paètù
bàonso bàkaà tù ènzà bi tù mòna’monà bibì ;
nànsha bìshi, ca tù fìdiki ku ditaeciibwa ;
tù èpuibwà dibuela mu njila mibì yìonso,
kàtàtà’akà tùo nèr ciendèlèllà.
Postface
L’orthographe est une solution qui ne peut être proposée qu’en connaissance préalable des problèmes de représen-tation de la langue qu’elle a à résoudre.
Il n’est pas permis d’en faire l’impasse et de ramener la question de l’orthographe du ciluba aux seuls choix entre « ci » et « tshi », entre « p » et « h », entre « i » et « y » !
Rien ne serait plus superficiel ! Tous les grands problèmes demeureraient entiers, irrésolus. La conviction de l’auteur est que l’orthographe comporte deux versants. Il s’agit d’abord d’écrire un message destiné aux yeux. Celui-ci appelle une mise en scène qui reflète la vision que les locuteurs se font du jeu de communication, sous réserve de la manière dont la langue construit des éléments de sens. A cet égard, s’impose, en ciluba, le respect de l’intégrité de chaque syllabe, élément porteur de sens, ainsi que le respect de l’intégrité des mots. Ce respect se traduit par celui de la position d’une syllabe dans un mot ainsi que par la distinction entre actant, action et complément ou attribut, dans une proposition. La stabilité de la configuration des mots, qui en résulte, dans un texte, facilite alors la reconnaissance de leurs images par l’œil. Elle accélère la vitesse de lecture. Dans cette représentation, l’adoption des « lettres muettes », « h » et « r », fournit des moyens pour venir à bout du phénomène d’homonymie. Un message écrit se doit d’être plus clair et plus précis que la parole. Il doit se donner des moyens à cet effet. Autant la parole a tendance à réduire la gamme de ses sons et à admettre la multiplicité des homonymes, autant l’écrit a besoin de beaucoup de signes, pour son décryptage rapide. La parole vise l’efficience et l’écrit, l’efficacité.
Le second versant de l’orthographe concerne la lecture, le décryptage du message ou la reproduction de la parole. Cette dernière s’accomplit selon des lois qui lui sont propres telles que la non prononciation des lettres muettes, la liaison des voyelles, la mutation vocalique, etc. Il y a, donc, entre le « ciluba cikendàme » et le « ciluba de coloniaux », la même différence que celle entre une partition musicale et une page de notes prises en sténographie.
[1] C’est le cas de “ kaàntù ” et “ kantu ”, “ paantu ” et “ pantu ” “ ciintu ” et “ cintu ”, “ muuntu ” et “ muntu ”, etc. “ Bù dya-dya muènà kaàntù : le pouvoir revient à l’ayant-droit ”, pas “au riche”.
[2] L’alphabet latin adopté s’avère une camisole de force pour le ciluba écrit. Il ne lui fournit pas tous les moyens qui lui permettent de déjouer tous les tours de la langue parlée. Celle-ci abuse de mutations consonantiques. Un “v” d’euphémisme cache un “v” péjoratif. Un “ny” de miniaturisation se confond avec le “ny” de forme. “Nyi” prend place pour un vrai “nyi” mais aussi pour “ni”. Un “nja” dérive aussi bien de “ngya” que de “nzya”. Un “ci” tient bien de “ti” que de “ki”. Il est une particule de classe ou un négateur. Les préfixes et les suffixes ont la même forme alors qu’ils sont porteurs de sesns différents. Certains auxiliaires de conjugaison ont la même forme que les voyelles de spécialité des verbes généraux ainsi que des pronoms.
Il importe d’avoir beaucoup de lettres pour simplifier l’orthographe du ciluba. Pour ce faire, deux voies s’offrent devant nous : piocher dans d’autres alphabets le complément nécessaire ou mettre, nous-mêmes, au point le complément indispensable.
[3] Par exemple, je signe cet ouvrage du nom de “Mukendi Kalhàlà” : l’orthographe de “Mukendi” ne soulève pas de question. Celle de “Kalhàlà” en soulève.
Ce n’est pas une provocation publicitaire, de ma part. Je vous l’assure. Je ne me suis pas non plus gratifié de “ha” de patriarche, à l’instar d’Abraham. Seulement voilà, il y a beaucoup de “Kalala”. Et il y a des manières d’écrire ces noms : “Kalaàlà”, “Kalàllà”, “Car’làllà”, “Car’laàlà”, “Kalaàla”, “Kalàlla”, “C’àr’lallà”, “C’àr’laalà”, “Kàlaàlà”, “Kàlàllà”, “Kalhàlà”.
Ils ont des sens différents. La dernière orthographe est vouée à celui qui devient “Kalhà” : un titre de pouvoir. On a beau être enserré dans des liens sociaux d’homogénité, rien ne s’oppose à ce qu’un “Kalala” choisisse l’orthographe de son nom pour traduire la vérité qu’il est un spécimen unique dans la création. Il n’a pas moins de droit que “Dupont” ou “Dupons” ou “Dupond” ! Il a, autant que quiconque, tous les droits de s’arracher à l’indistinction. “Mukendi” s’écrit aussi “Mucaendi”.
[4] Le système phonétique appliqué au ciluba est réducteur : il fait l’impasse sur l’intelligence topologique de la langue parlée qui cisèle celle-ci et qui lui donne son profil sémantique; il représente le phrasé et non les mots, dans une phrase; il crée une syntaxe artificielle compliquée ; il demande plus d’efforts au lecteur et il ne met pas à la disposition de l’auteur d’un texte assez de moyens pour lui permettre de bien préciser sa pensée : seuls les astucieux peuvent s’en satisfaire, à la manière des férus du chiffre.
[5] Je suis étonné du nombre de lubaphones qui interpellent leur locuteur, après chaque propos, par “ hudi muumvwa? ”, “ hudi mutèllèja? ”!
[6] Nganyì, kacya’kacya, wù bèngèle nkàlà èr cu yì dya musuojì?
[7] La plus grande rrésistance au changement tient de la peur de se remettre en question et de la défense des investissements déjà effectués. Les locuteurs frustrés la ressentent, à juste titre, telle une prise en otage par le système en place.
[8] Muintu, miintu : mine, mines. Il s’agit de mines souterraines. Les mines à ciel ouvert admettent les mots : muitu et miitu.
[9] En ciluba, comme dans nombre d’autres langues de par le monde, « ci » est un son « bâtard ». En ciluba, en particulier, il est porteur d’ambivalence; il a deux origines. Il tient de l’application de la loi «i», au résultatif et de la négation.
Au résultatif, il est pris pour « ti » : ng’a kuàci (kuàti), hu a tuccì (tuttì), … Il en est de même dans l’assignation d’un rôle : mukuàci (au lieu de mukuàti),batucci (au lieu de batutti). Il est entendu que la loi « u » met le résultatif à l’abri de mutations consonnantiques : ng’a tuttù, hu a futù, batuttu, mututtu, etc.
Dans la négation, « ci » apparaît à la première personne du singulier : ca baèna, ca nuèna, ca tuèna, c’aêna, c’huêna, c’Iêna. Le préfixe « ka », qualifiant quelque chose d’infiniment grand ou petit, hors de l’échelle de l’homme, devient « ki », prononcé «ci », lorsqu’il qualifie quelque chose de «diffus, flou» comme dans katentà = kitentà (en kiluba) = citentà (en cituòlò). Ca suivi de « i » se prononce «ki », sauf en cas d’élision «c’i». Les mutations consonnantiques, en ciluba, se font sous l’effet de «i mouillé» et non de « i sifflé ».
La mutation de « t » en « c », au résultatif relève d’un phénomène qui concerne aussi « z », « l », « n » et « s ». Elle n’est pas « retracée », dans l’écriture, dans tous ces cas, par convention de simplification. Quant à « tshi », sa genèse n’est pas démontrable ; il est arbitraire ; il tient de l’intuition des Coloniaux.
[10] Comme « ca » se prononce « ka », « ce » se prononce « ke », car « e » n’engendre pas de mutation consonnantique. Il est à noter qu’il n’y a pas de mutation consonnantique au fréquentatif, devant «a + i», à la jointure des deux radicaux : cu ita’ita, cu ina’ina (biina’inà), cu inza’inza (cu injila), cu iza’iza (cìijì), cu ila’ila, cu isa’isa (cìishi). L’écriture assume la mutation consonnantique; elle n’est pas à produire lors de la lecture.
[11] Lùsèndè : l’uranium.
[12] Mfuàdì : l’argent.
[13] Yènkè : le chrome
[14] Ngànyìvù : màanyì hà mabwe, le pétrole.
[15] Mìnkelebende : le quartz
[16] Lunkùmba : l’ammoniaque.
[17] Nkìndàkàjà : stratège.
[18] Bàdì bà jingà naè, baenyi bà bà lumbà nè ngènyì yì àcu andula nàayì nkìndì, hìdì hì bà sùuyà : ouverts aux idées du monde pour résoudre les problèmes lancinants.
[19] Banzungu, banzònda nè bankenga ou ba-lukenga : architectes, peintres et artistes; l’artiste fait le “ cikengu ” ; Lukengu : le grand maître des artistes.
[20] Cidibi : tisserand, qui fabrique des “ madiba ”.
[21] Cu kòba : cu vuàla dikòba, on dit aussi “ bà dìllè bukùnza, bù à sàamina bantwu mùoyo ”.
[22] Ku lukebu nè ku luìdì : avec maquillage ou nature.
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