Une syllabe pour décrire un geste,
un mot pour désigner un objet ou un concept,
une proposition pour énoncer un jugement,
un récit pour rapporter un évènement ou émettre un message :
le propre de la communication n’est pas de faire du bruit ; il est de nommer des choses, d’énoncer des jugements, de raconter des histoires, d’incruster et de crypter des messages dans des œuvres résilientes ; il est de faire signe, selon la sémiologie ou « mfùnguìnù ».
En cilubà, les trois niveaux de préoccupation ci-dessus font appel à trois sciences :
-la sémantique ou « mfunkuìnù », exposée dans « Ingénierie du ciluba » ou « ndunguìnù » ;
-la syntaxe ou « ntèèluilu », traitée dans « La syntaxe du ciluba » ;
-le récit ou la narration, c’est-à-dire « nganuìnù », qui est le sujet du présent ouvrage.
Il est entendu que les règles de la narration s’articulent sur les règles syntaxiques et celles-ci s’articulent sur les règles sémantiques qui, à leur tour, relèvent de la physiographie.
Bien entendu, de même qu’une proposition substantive relève, à la fois, de la sémantique et de la syntaxe, de même les proverbes appartiennent, à la fois, à la syntaxe et à la narration, au même titre que des textes longs.
Pour exprimer un jugement, la syntaxe organise une phrase à l’instar d’une scène où les mots, tels des personnages en costumes de scène, jouent des rôles grammaticaux et affichent les relations entre eux et le verbe, d’une part et, d’autre part, entre eux-mêmes, dans des syntagmes de détermination. La relativité, qui règne dans une phrase du cilubà, est telle qu’un même mot peut y être un substantif ou un adjectif, un attribut ou une épithète, un nom propre ou un participe passé, un participe passé actif ou un participe passé passif, un sujet ou un complément, dans l’ordre normal ou dans l’ordre inversé.
A son tour, la narration enfile, en séquences, des scènes, non commutatives, concourant, chacune, à l’expression du message global et circonscrivant, chacune, le strict contexte du sens des phrases exprimant les interactions entre leurs personnages et renvoyant à leurs décors.
Un récit c’est un cri de la condition humaine, une contestation, une revendication, un éloge, une proposition de solution à un problème lancinant, un témoignage, un jugement sur le monde, une prise de position, un fait de civilisation : la signification n’en est pas du tout prédéterminée ; elle appelle commentaires et interprétations, à l’aune de l’expérience des locuteurs et de l’intensité de leur lumière.
Ainsi, la littérature se débat et se régénère, en même temps que la langue.
A ce sujet, le ciluba a ceci de particulier que la hiérarchisation de ses consonnes et voyelles ainsi que leur classement fournit un paradigme qui apporte un concours important à la compréhension de la structuration d’un récit : c’est cela que l’ouvrage expose. Ledit paradigme fournit une trame de tissage, perlée de précédences, d’actions, d’effets et de conséquences, séquencée, rythmée en musique et garnie de couleurs, en toute circonstance, au goût du lecteur.
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